Y a-t-il une vie après la poste ?
Les entreprises des " Postes " à travers le monde font face à des bouleversements technologiques qui pourraient remettre en cause leur prééminence dans le transport du courrier. Le développement de l'Internet permet de donner de nouveaux moyens de communiquer à un coût plus faible que par la poste. Plus largement, le service postal va-t-il continuer à être assuré par des entreprises d'Etat ? On peut en douter au regard des évolutions récentes. Les Postes nationales perdent progressivement leur monopole. Elles ont par ailleurs souvent changé de statuts dans de nombreux Etats. Ces mastodontes sont condamnés à muer afin de faire face à ces évolutions.
Email contre " snail mail "
Le développement de l'Internet et plus précisément de la messagerie électronique constitue une menace évidente pour la poste traditionnelle. L'Email dispose de nombreux atouts qui lui assure un avenir indiscutable. L'échange d'Email est très rapide. Il permet par exemple à des familles éloignées de dialoguer très fréquemment et ce quasi instantanément. Aux Etats Unis, on désigne les courriers classiques de " courrier escargot " (" snail mail "). L'utilisation des Emails est facile. Aujourd'hui, de nombreuses entreprises offrent des adresses de courrier gratuitement (Hotmail est le plus réussi avec près de 20 millions d'utilisateurs). L'Email permet aux entreprises de mieux cibler leurs clients. L'utilisation des mailing lists sur Internet donne des résultats prometteurs. En bref, l'Email ouvre la voie à de nouveaux moyens de communication adaptés à notre société moderne.
Toutefois, l'Email ne peut pas remplacer l'usage des courriers traditionnels pour des raisons compréhensibles. Certains documents nécessitent un échange physique (échange de colis, des documents signés etc...). De plus, le charme de l'écrit n'est pas transmissible par voie électronique. Dans un Email, l'écriture est celle de la police de caractère, le papier est un écran d'ordinateur.
Les " Postes " ne sont pas nécessairement perdantes, la taille du marché s'accroissant. De plus, les internautes sont encore très largement minoritaires. Une partie de la population n'a pas accès à ces technologies ou bien ne veut chercher à comprendre comment cela marche.
La réaction de la " Poste " française est singulière. Elle propose des " prêt à poster ". Le principe est le suivant : l'internaute tape le texte qu'il désire envoyer, paie par carte bleue puis la poste l'imprime sur une carte postale et l'envoie. Quel peut bien être l'intérêt de ce service ? La poste a-t-elle compris l'intérêt de l'échange électronique ?
Royal Mail descend de son piédestal
Les " Postes " nationales subissent également la concurrence de plus en plus vive de concurrents de plus en plus nombreux. Le secteur est en pleine mutation et un tour du monde permettrait de montrer que le statut des entreprises des " Postes " est très hétéroclite. Plusieurs pays ont choisi de privatiser leur administration. C'est le cas par exemple de l'Argentine depuis deux années, de l'Islande et sans doute prochainement de l'Angleterre.
Pour la " Poste " britannique, il faut se rappeler que les gouvernements conservateurs de Thatcher et Major ont presque tout privatisé à l'exception des postes. Politiquement, cette privatisation était sensible, la poste étant le " service public " par excellence au dire des thuriféraires des entreprises publiques. Le retour sur terre des gouvernants et leur recouvrement de la vue leur a fait prendre conscience que les missions de service public sont plus efficacement remplies par des entreprises privées que par des entreprises publiques. Les blocages idéologiques sont tombés. Le gouvernement travailliste de Tony Blair va donc pouvoir libéraliser le secteur des postes. " Royal Mail " sera transformée en société anonyme dont les actions seront détenues par l'Etat. Par ailleurs, la poste royale va perdre son monopole pour l'acheminement du courrier affranchi à 50 pence au lieu d'une livre aujourd'hui. Que d 'évolutions en quelques années !
La technologie au service du démantèlement des monopoles
L'exemple le plus complet de la concurrence est en Nouvelle Zélande. Alors que douze ans auparavant seulement, la " Poste " faisait partie d'un ministère (avec les télécoms comme en France), en mars 1998, le secteur des postes a été entièrement dérégulé, l'entreprise d'Etat a perdu totalement son monopole. Si la concurrence a été longue à se mettre en place, elle émerge lentement. Des concurrents émettent des timbres et acheminent à moindre coût que l'ancien monopoleur le courrier. La loi a prévu un échange des courriers entre les différentes postes, les concurrents ne couvrant souvent qu'une partie du territoire.
Les poste néo-zélandaise se sont dotées de machine permettant de détecter les timbres émis par ses concurrents, de compter ces envois et de facturer à l'entreprise privée le service rendu (l'acheminement du courrier dans les zones non desservies par l'entreprise privée). Les progrès technologiques permettent le développement de la concurrence. Le consommateur semble gagnant. Il envoie des courriers à moindre coût. De plus, le service rendu est plus étoffé. Plus besoin de se rendre dans un bureau de poste pur envoyer son courrier. Les supermarchés ou les stations-service possèdent des points postes. Le service postal s'est rapproché de ses clients.
Le retour à la décentralisation des services postaux : vers la fin de l'Etat dans le secteur de la Poste
Verrait-on une vague de décentralisation saisir les postes ? Le temps de la constitution des supra-administrations supposées être efficiente est peut être révolu. Les postes étaient assurées en France à partir de 1627 et jusqu'à la révolution par la ferme générale des postes. Il s'agissait d'une charge achetée à la royauté par un particulier qui devenait surintendant des postes moyennant une somme d'argent pour une durée déterminée. En contrepartie, toutes les recettes lui étaient acquises. Ce n'est qu'à la fin du XVIIème siècle que des surintendants organisèrent un système de recouvrement des taxes de port. En effet, avant l'apparition du timbre, les frais de port étaient à la charge du destinataire. De plus, le coût du transport était calculé selon la distance. Le système était fortement décentralisé. Il n'existait pas de tampons officiels des postes. C'est sur l'initiative d'un surintendant que les tampons se sont imposés petit à petit à travers la France. C'est lors de la révolution que ce système s'est étatisé. L'exemple néo-zélandais aidé par la technologie permet de revenir à des systèmes décentralisés sans sombrer dans l'anarchie.
La vague de décentralisation ne touche pas que le secteur des postes. Il faut se rappeler que la nationalisation des compagnies d'électricité répondait à une certaine logique économique, les économies d'échelle. Les grandes unités permettaient seules de rentabiliser l'investissement. Aujourd'hui, les petites centrales électriques sont rentables (on peut s'interroger sur l'avenir de l'EDF avec ses unités de production telles les centrales nucléaires absolument colossales). Il en va de même pour la poste.
En France, la poste reste un service public par excellence. Il ne fait pas de doute que cette approche changera dans les années qui viennent. La décentralisation est-elle nécessaire ? Il y a quelques années, privatiser des entreprises de l'armement était irréaliste. Les télécoms étaient également un secteur réservé pour l'Etat. Demain, la poste suivra. Si la poste française disparaîtra dans son état actuel, l'acheminement du courrier subsistera. La poste est morte, vive la poste !
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Juillet 1999, Libre échange