"Le mérite de la forme démocratique du gouvernement consiste en ceci qu'elle offense le plus petit nombre". Herbert Spencer, un des grands penseurs libéraux anglais du XIXème siècle dénonçait déjà les faiblesses irrémédiables de la démocratie représentative. Et encore, lemprise de lEtat sur la société était encore à létat embryonnaire ! LEtat Providence ne commencera réellement à étendre ses tentacules que bien plus tard notamment sous limpulsion de Beveridge en Grande Bretagne après la deuxième guerre mondiale.
La démocratie, une fin en soi ?
Nous allons nous atteler à une tâche ardue dans ces quelques lignes : essayer de mettre en évidence les faiblesses du système démocratique actuel. La démocratie offense le plus petit nombre, mais nest-ce pas déjà trop ? Elle constitue pour le plus grand nombre de nos concitoyens la forme la plus achevée de lévolution humaine. Certains ont même pu parler de fin de lhistoire après la chute du mur de Berlin en novembre 1989. Si on part de lhypothèse vraisemblable que lobjectif de tout homme est datteindre le bonheur, nous pouvons nous demander si le bonheur de tous peut être atteint par la démocratie. La démocratie représentative est-elle une fin en soi ou au contraire une étape quil faudra transcender ?
Il faudra éviter certains écueils que nous cherchons à dénoncer car que na-t-on pas dit, que na-t-on pas fait au nom de la liberté ? Il faut savoir être humble et garder à lesprit que la solution miracle nexiste pas. Les charlatans ont suffisamment fait de ravages au cours de notre siècle. Lidée directrice de notre propos aussi banale soit-elle à première vue, est de rendre leur pleine liberté à chacun des hommes et de faire confiance dans le choix de chacun des individus pris individuellement.
Un constat : la démocratie à nouveau contestée
Partons dun constat. Les contestations contre la démocratie sont rares. Nest-ce pas une hérésie de penser que le système démocratique nest pas la panacée ? Les seules critiques réellement connues ont émané à une certaine époque des idéologies totalitaires occidentales. Aujourdhui, la contestation se retrouve surtout dans les pays du Sud, en voie de développement pour la plupart, qui cherchent à rompre avec la culture occidentale et à se développer autrement. Cest le cas par exemple de mouvements comme le Sentier Lumineux, de certaines organisations islamistes, des hindouistes ainsi que des civilisations orientales.
Pourtant, nous semblons oublier que les oppositions ne se résument pas au simple antagonisme entre la démocratie et la dictature ou bien à celles entre le Nord et le Sud. Cette vision du monde semble bien trop manichéenne. Loccident se situe invariablement du côté des gentils, alors que les dictatures et les pays du Sud jouent plutôt les mauvais rôles tant au niveau politique quéconomique. Toutefois, ces opinions semblent faire fi de ceux que la démocratie ne contente et qui ne sont ni des extrémistes communistes ni des tiers-mondistes islamistes ! On oublie que la démocratie peut changer de camp et se retrouver du mauvais côté. Les différents peuples qui vivent en France comme les Bretons ou les Occitans sont là pour nous le rappeler, eux dont les traditions ont été effacées par les valeurs laïques.
Cest pour cela que nous réclamons ce quil y a de plus louable : la liberté. En effet, il semble quil faille réviser certains jugements erronés à la vue des faiblesses inhérentes à tout système démocratique. On peut tenter de délimiter les principaux désaccords entre les libéraux et les tenants de la pensée dominante actuelle.
Le parlement, seule voie du peuple ?
Le suffrage universel est le moyen dexpression du peuple,
qui par ce biais élit ses représentants nous dit-on.
Ce discours est ressassé en permanence en période de
campagne électorale. Les candidats nous disent quil
faut laisser le peuple sexprimer. Lélection
serait le lieu de rencontre entre le peuple et un homme ou un
parti. Les députés, de même, seraient les
représentants du peuple français qui a
délégué ses pouvoirs. Toutefois, on peut se
demander en quoi la volonté du peuple est réellement
respectée. Dans les années 60, les
décolonisateurs parlaient des rois nègres pour
désigner les dirigeants des anciennes colonies qui
exerçaient le pouvoir sans avoir réellement
dEtat. On peut se demander si on ne devrait pas parler de
peuple nègre qui déléguerait ses
pouvoirs quil na déjà plus. Les exemples
ne manquent pas. Le rétablissement de la peine de mort est
réclamé par la majorité des Français
(sous certaines conditions il est vrai). M. Balladur répond
: La question nest pas à lordre du
jour. De même, 56% se prononçaient contre la
ratification des accords du GATT. Que firent les
députés ? Ils ont bien sûr voté...sa
ratification. Le message est clair "Le peuple, c'est nous,
disent les élus.
Le parlement : un sage myope
Des hommes illustres répondront que
lAssemblée veille aux intérêts de son
peuple sur le long terme, alors que le peuple ne voit que ses
intérêts à court terme. Rien nest plus
faux que cette assertion. Les réformes fondamentales sont
repoussées aux calendes grecques : les retraites, les
dépenses de la santé. Mais prenons deux exemples
caractéristiques : celui des déficits et celui du
régime de retraite. Les déficits saccroissent
de manière dramatique depuis plusieurs années.
Lendettement total sélève à plus
de 3 500 milliards de francs en 1995. Or les déficits
devront être remboursés un jour (comme le font tous
les jours des millions de Français sur leurs
crédits). Et le fardeau pèsera sur les
générations futures.
Les réformes ont-elles été amorcées
? On les attend toujours. Le système de retraite par
répartition de même rencontre des difficultés
croissantes. Le nombre de cotisants diminue alors que le nombre de
retraités augmente. Le système instauré en
1945 et répondant à des besoins spécifiques
na plus de raison dêtre actuellement. Aux
Etats-Unis, le Congrès estime que la social security
(organisme gérant les retraites) déposera son bilan
vers 2015-2020. En France, le dépôt de bilan
nest pas évitable. Plus on attend, plus le
coùt sera élevé pour les
générations futures. Qua été
fait ces dernières années ? Rien ou presque. Dans
ces deux cas, où se trouve cette sagesse tant vantée
de nos gouvernants ?
De plus, cette théorie tend à infantiliser les
gouvernés. Ils seraient incapables de discerner ce qui est
bon pour eux. Or, le peuple na pas besoin daide pour
savoir ce dont il a besoin. Doù notre première
conclusion : les députés ne sont ni les
représentants du peuple ni lexpression de sa sagesse.
Un nouvel espoir : la démocratie directe
Ceci explique sans aucun doute lapparition de doux
rêveurs. Aux Etats-Unis par exemple, certains parlent de
congrès virtuel grâce au monde cybernétique
qui nous entoure. Les citoyens pourraient voter par
eux-mêmes et par l'intermédiaire des ordinateurs. Les
députés n'auraient plus un rôle de
décision mais plutôt un rôle d'exécution
prophétise Alvin Toffler. Newt Gingritch, ex speaker de la
Chambre des représentants est un fan de ses nouveaux
pouvoirs qui apparaissent avec les nouvelles technologies. Les
rêves sont-ils si éloignés de la
réalité? La fin de la démocratie
représentative approche. La démocratie directe est
en passe de faire son retour en force après de longues
années enfouies dans certains cantons suisses. La Suisse se
prépare à l'invasion du monde. Prenez garde, tenants
de la nouvelle pensée unique !
L'alternance politique, un changement illusoire !
Lalternance politique et les changements de
majorité permettraient à chaque citoyen d'être
représenté à un moment ou à un autre.
La droite est restée au pouvoir de 1958 à 1981 et la
gauche de 1981 à 1995. En fin de compte, tout le monde
devrait être satisfait. Toutefois cela suppose
déjà que les français acceptent l'une ou
l'autre des majorités. Or les partis de
"l'établishment" sont de plus en plus contestés. Il
suffit pour s'en convaincre de noter la désaffection pour
les partis traditionnels et l'ascension d'un parti, celui des
abstentionnistes. Il en va même aux Etats-Unis avec les
candidatures possibles de Colin Powell ou de Ross Perot comme
indépendants.
Il arrive même que les majorités changent au sein
d'une même législature. Qu'est ce qu'une
volonté générale qui change tout le temps? La
même assemblée qui avait porté le front
populaire au pouvoir en 1936 a voté les pleins pouvoirs au
profit du Maréchal Pétain en 1940. Où se
trouve la droiture présumée des
députés? De plus parler d'alternance suppose que le
peuple soit, ou bien de gauche, ou bien de droite. Or rien n'est
plus simpliste que de laffirmer. L'écologiste qui
prône un retour dans les cavernes risque de ne pas
être réellement satisfait par le programme
nucléaire. L'électeur du Front National lui non plus
n'est pas satisfait de la politique de l'immigration des
gouvernements successifs. De même l'ultra libéral
doit supporter des politiques dirigistes. Une fraction de plus en
plus importante de la population est donc toujours
écartée. La tyrannie excluait la majorité. La
démocratie exclue bien une minorité. Les
méthodes ne sont pas les mêmes mais le
résultat est comparable.
Après la démocratie représentative
Quelle est la (ou les) solution (s)? Nest-il pas venu le
temps de dépasser la démocratie
représentative actuelle? Si on cherche une logique dans
l'histoire, on peut noter que l'évolution est en passe de
s'achever. Le pouvoir n'était pas partagé au
début; Puis il l'a été avec l'aristocratie,
puis avec le suffrage censitaire qui s'est élargi dans le
cours du XlXème siècle, avec le suffrage universel
en 1848 et confirmé en 1875, avec le droit de vote des
femmes en 1945. Aujourdhui il faudrait reconnaître un
droit pour tout le monde d'avoir accès au pouvoir. Chacun
doit pouvoir prendre des décisions concernant sa vie
propre. Pourquoi déléguer quand on peut prendre les
décisions au niveau de l'individu. D'où la
nécessité de reconnaître un droit d'ignorer
lEtat.
Alors, choisir sa nationalité ?
Chaque individu devrait donc pouvoir faire un choix: être
français, choisir une autre nationalité (si on veut
devenir chilien, pourquoi pas?) ou bien ignorer
létat. Il suffit de choisir. "Rien ne peut rendre un
homme membre d'une société, qu'une entrée
actuelle, qu'un engagement positif, que des promesses et des
conventions expresses" nous disait John Locke. Le fait de vivre
dans un pays ne signifie pas que l'on est adopté par lui.
La réforme du Code de la nationalité l'a bien
montré: l'immigré doit effectuer une démarche
afin qu'il soit reconnu comme français. Pourquoi ne
ferait-on pas cela avec les français eux mêmes? Rien
ne prédestine un individu à être
français.
Etre français, cela se mérite. Une volonté
de vivre ensemble suppose un engagement de chaque individu. Tout
comme on entrait en religion avant, il faut entrer dans la
nationalité française. Or aujourd'hui. le simple
lieu de naissance détermine la nationalité. Les
choix de sa nationalité sont très rares. Il faut
donc libérer l'homme de létat afin de lui
redonner une totale liberté qui seule lui permettra de
faire le bon choix. Ce choix ne doit pas être vicié
notamment par le rôle de létat. Les
écoles ont formé pendant plusieurs siècles
des catholiques. N'ayons pas peur de dénoncer le complot de
l'Etat tout comme ce dernier l'avait fait avec les
jésuites. Aujourd'hui, l'école héritée
de Jules Ferry forme des Français (au détriment de
nos amis Bretons et d'autres encore). Il faut donc opérer
une nouvelle séparation, cette fois ci entre l'Etat et
l'éducation comme l'a fait la loi de 1905 sur la
séparation de l'église et de l'Etat.
Etre français n'est pas un droit c'est un choix. Le
libre arbitre de chacun est vicié par une éducation
qui pervertit l'esprit et cherche à former de bons esclaves
de l'Etat: bon citoyen (à l'époque tout le monde
était bon catholique), bon payeur d'impôts (à
l'époque tout le monde payait ses impôts à la
l'église, la dîme), bon mouton à tendre
(quelle différence?). Si on permet à l'individu de
choisir, alors on pourra vraiment se dire en démocratie et
reconnaître l'idéal démocratique dans lequel
nous nous reconnaissons tous et qui avait été
rappelé par Lincoln dans son fameux discours de Gettysburg.
La démocratie, c'est le pouvoir du peuple, par le peuple et
pour le peuple.