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La Guerre des étoiles revisitée



par MARK THORNTON*


Article reproduit avec l'aimable autorisation de Mark Thornton. Sa version originale est parue sur le site du Ludwig von Mises Institute.


[NOTE DE L'AUTEUR: Une version antérieure de cet article a suscité de nombreuses polémiques et des commentaires. Cette version plus longue, publiée le 7 août 1999, répond à certaines objections des critiques.]


C'était la paix et la prospérité contre l'imposition, l'inflation, le protectionnisme, l'impérialisme et la guerre. Les "gentils" gagnent et les spectateurs applaudissent dans les salles de cinéma à travers tout le pays. Le film est naturellement "La guerre des étoiles : La menace fantôme" une des allégories les plus fines sur l'économie politique libérale classique jamais parue sur les écrans. Il est permis de se demander si George Lucas n'a pas lu Ludwig von Mises ou Murray N. Rothbard pendant le long congé sabbatique qui a suivi son dernier grand film. En tant que capitaliste prospère et homme d'affaires, Lucas ne connait sans aucun doute que trop bien le rapport que l'Etat entretient avec la richesse et ce que le marché apporte au succès des productions complexes comme peut l'être une méga-production cinématographique.


Au début du film, la République est en pleine déliquescence de par l'imposition, le protectionnisme, la bureaucratie et la corruption. Le "côté obscur" quant à lui, justement dénommé "fédéralistes" (les centralisateurs dans l'histoire américaine), essaye d'imposer une concession d'impôts sur les échanges en tentant d'intimider une petite planète paisible qui croit au libre échange, à la paix et aux vertus républicaines.


La Reine de cette planète, Amidala refuse de suivre le sentier qui pourrait mettre en péril la paix et commencer une guerre. Son pays, celui des Naboos, était à l'origine soumis à une imposition excessive et a subi un blocus. Ce chemin, comme elle a raison de le craindre, risque de mener à la guerre. Dès lors, elle essaie de faire appel au gouvernement central pour mettre fin aux restrictions commerciales, mais découvre rapidement que le sénat galactique de la République est dominé par des bureaucrates et des groupes de pression dont le seul but est d'utiliser le système à leur propre avantage.



Quand la législature propose de nommer une commission afin d'examiner si des gens souffrent des restrictions, la Reine Amidala se rend compte que les canaux politiques traditionnels sont totalement corrompus. Aussi elle se prépare à rentrer sur sa planète et à défendre son pays. Ce que nous observons ici sont les signes annonciateurs d'un empire en pleine déliquescence, où les biens communs que sont la paix et la liberté ne sont plus une priorité. Par ailleurs et conformément aux leçons que l'on peut tirer de la Rome impériale et des Etats-Unis, il est possible de mesurer les conséquences de la dépréciation d'une monnaie. Cette dépréciation affecte toutes les personnes qui l'utilisent, même dans un endroit desséché et désert comme Tatooine, où un guerrier Jedi tente d'échanger la monnaie basée sur le crédit de la République contre des biens de première nécessité. Cet échange lui est refusé car cette monnaie n'a plus de valeur à la périphérie de la République. En conséquence ils doivent recourir au troc ce que Mises avait déjà prédit comme conséquence de l'inflation.


Des critiques reprochent au film d'être à la fois trop proche des premiers épisodes de la guerre des étoiles sans être assez proche. La National Public Radio (radio publique nationale US) a réellement acceuilli deux critiques à l'antenne faisant ces deux remarques contradictoires. D'autres estiment que le film est rempli de stéréotype ethnique, et un professeur d'art des médias a même dit que le film est une "allégorie de la domination blanche libérale."


Ces critiques n'ont aucun fondement. Ce qu'elles ne supportent pas est que le film puisse dessiner des types de caractère existant dans la réalité afin que les spectateurs puissent se raccrocher à ce monde qui ne leur est pas familier. Par exemple, les Gungas, qui vivent de l'autre côté de Naboo, sont des caricatures des Jamaicans. Les socialistes (Big-governement liberals) et les leaders noirs ont ainsi étiqueté Lucas et son film de racistes malgré le fait que les Gungas sont dépeints comme vivants dans une société paisible et bien-organisée et qu'ils montrent un courage énorme et une vraie ardeur pour la vie.


"La menace fantôme" ne s'attendrit pas devant les hantises politiquement correctes avec les familles éclatées et les préjudices sociopathes. Au lieu de cela, Lucas raconte l'histoire du combat entre le bien et le mal, une lutte bien représentée dans la politique classique-libérale sous-tendue dans le film.


Plus troublante a été la réaction des conservateurs et des libéraux classiques qui ont, de manière erronée, interprété le rôle de l'association fédérale des échanges comme une attaque du capitalisme faite par Lucas. Rien n'est plus éloigné de la vérité.


La fédération représente clairement les "méchants". Ce groupe d'hommes d'affaires interstellaires et mercantiles a bloqué la planète appelée Naboo et l'a par la suite envahi avant de forcer son gouvernement à signer un traité. Pour certains, l'idée que des entrepreneurs puissent bloquer une planète solitaire et insignifiante pour protester contre des impôts sur les échanges interplanétaires n'est pas vraisemblable. Quels avantages pourraient-ils espérer en retirer ? Cette attitude n'est pas réaliste et n'a pas de précédent dans l'histoire humaine.


Mais la fédération a eu la permission de la République de décréter le blocus. La République envoie seulement ses diplomates Jedi pour aider à régler le problème, non pour ouvrir le blocus. Le gouvernement républicain également n'a pas semblé avoir eu beaucoup de scrupule à l'idée que la fédération puisse envahir la planète et assujétir ses habitants.


Le livre, qui n'a pas été écrit par Lucas et est seulement basé sur le scénario, a des difficultés à expliquer cette curiosité, notant seulement que la fédération s'est longtemps plainte des impôts, mais avait maintenant étrangement assumé cette tâche consistant à imposer le blocus.]


Tandis que les détails de l'économie politique sont peu précis, Lucas fournit les nombreux détails et indices qui laissent une seule interprétation possible. La fédération est en quelque sorte une "Compagnie des Indes" ("East India Company") à qui la république a accordé une concession d'impôts. On appelle une concession d'impôts lorsqu'un gouvernement donne à une entité ou à un agent privée le droit de collecter des impôts en échange d'un bon pourcentage des revenus. La concession d'impôts au niveau du commerce interplanétaire est un exemple d'une association public-privée, "la vraie menace fantôme" du film. Tout au long de l'histoire, les Etats ont utlisés cette technique afin de collecter des impôts impopulaires dans des contrées lointaines. Ce type de contrats a toujours été lucratif parce que l'agent de l'Etat a souvent prélevé beaucoup plus qu'il n'était supposé le faire. Cette forme de gouvernement est sans aucun doute une des plus mauvaises parce qu'elle combine des incitations dans le secteur privé et les privilèges du monopole d'Etat afin de pressurer le contribuable au maximum.



Lucas fait clairement comprendre que l'accord entre la fédération et la République corrompue est basé sur le modèle de l'impérialisme britannique en remplissant le film de clichés historiques. La fédération représente l'impérialisme britannique sous la forme de la Compagnie des Indes, qui a contrôlé et taxé la possession britannique du sous continent indien. Naturellement, les entrepreneurs se sont plaints et ont éludé ces impôts britanniques et ces règlements, mais l'empire britannique a accordé des monopoles pour contrôler l'Inde et d'autres droits marchands coloniaux en échange des recettes fiscales.


Toutes les allusions sont présentent dans le film. Naboo se rapproche du terme "indou", l'architecture est vaguement indienne, et la Reine Amidala se comporte et s'habille comme un monarque indien. Enfin, la reine s'exprime comme un Indien parlant un anglais très mesuré. Les Gungas vivent de l'autre côté des Naboos tout comme les possessions de la Jamaïque et l'Inde étaient à deux côtés opposés de la terre. Naturellement, on peut également noter que le nom de ces personnes sous-marines, les Gungas, se prononce et est orthographié curieusement comme "Gange". Et que penser de Gungadin ?


Pourtant la vraie confirmation que la fédération a été calquée sur l'impérialisme britannique est le nom du gouverneur local du blocus de la fédération et de celui qui dirigera la planète pour le compte de l'alliance entre la Federation et la Republique - Viceroy (vice roi). Viceroy est naturellement le terme britannique pour désigner l'executif de l'ancienne colonie anglaise. L'impérialisme britannique a été en grande partie basé sur le " modèle de la compagnie " où une compagnie, comme la British East India Company a été formée et a bénéficié d'avantages marchands exclusifs. Le gouvernement a obtenu des revenus et une ingérence proverbiale en échange du monopole. Plus tard, la Grande-Bretagne a fourni des troupes et d'autres moyens de support et par la suite a repris à la compagnie une fois la rentabilité prouvée et les lois anglaises établies.


Ces partenariats public-privées pour l'imposition et l'assujètissement du peuple sont les pires que l'on puisse imaginer en combinant l'efficacité et des incitations d'un entreprise privé avec la puissance et la capacité destructive de l'Etat. Même Adam Smith, qui occupait une poste fortement lucratif de percepteur d'impôt, a remarqué avec force que " le pouvoir exercé par une compagnie exclusive des marchants est peut-être le plus mauvaise manière de gouverner n'importe quel pays. "


Karl Marx avait raison de dire que le mariage des intérêts privés et de l'Etat a comme conséquence l'exploitation du peuple et la ruine de l'économie. Les conservateurs, les libéraux classiques, les libertarians et les anarcho-capitalistes doivent être circonspects des réactions (knee jerk) spontannées et irréfléchies des critiques sur " les entrepreneurs avides."


Les "gentils" gagnent à la fin, mais pas sans beaucoup de courage, d'ingéniosité, et de chance. Le film s'achève par l'instauration de la paix et de la prospérité sous un tonnerre d'applaudissements et la célébration de la population.


Comme le film le fait clairement comprendre, une bonne société est basée sur le règne de la loi, de l'argent sain, du libre échange, de la paix, et des gouvernants vertueux qui s'inquiètent du bien être de la population davantage que de leur propre puissance. Le mal est représenté par un gouvernement affermi et par son penchant pour la corruption, l'inflation, la guerre, et la destruction. Malheureusement, cette galaxie présente des similitudes étonnantes avec une que nous ne connaissons que trop bien.


* Mark Thornton est chercheur résidant à l'O.P. Alford III du Ludwig von Mises Institute à Auburn, Alabama.


Article traduit de l'anglais par G. Palais


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SEPTEMBRE 1999, LIBRE ECHANGE