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Séguin va-t-il ruiner Paris ?



La classe politique française manque actuellement totalement de réflexion. La désignation de Philippe Séguin comme le candidat unique de la droite à Paris en est la dernière et remarquable illustration. Avant de choisir un homme qui va exercer des fonctions électives importantes, il faut examiner le CV du candidat avec ses précédentes expériences professionnelles et non se baser sur des sondages qui par définition sont peu fiables sur périodes longues.

La candidature de Séguin semble aujourd'hui séduire les parisiens. Il arrive en tête dans tous les sondages réalisés ce qui donne l'impression au RPR qu'il sera élu. Mais un campagne de un an peut créer des surprises. Il a par ailleurs exercé une pression formidable sur le RPR afin d'assurer ses chances d'être désigné comme le candidat unique de la droite à Paris, en menaçant notamment de se présenter à la présidentielle contre Chirac.

Pourtant, il aurait été nécessaire d'étudier sa précédente expérience de maire. Son bilan très mitigé à la tête de la mairie d'Epinal (38.000 habitants) nous donne un aperçu de ce qui pourrait attendre les parisiens.

Elu maire en 1983 sur fond de licenciement dans l'industrie du textile, Philippe Séguin a lancé la ville dans de grands investissements afin de revitaliser le tissu économique. Ainsi, le maire a construit une piscine olympique et un bassin de canoë-kayak en centre ville. Grace à ses efforts, la ville d'Epinal a remporté en 1991 le prix de la ville la plus sportive de France. Elle fait également figure de ville modèle pour l'aménagement du rythme scolaire des enfants avec pas moins de 50 activités gratuites offertes aux enfants. Coût par enfant : 2 000 Francs par an.

Ce surcoût par rapport à une éducation classique n'a pourtant pas engendré d'inflation dans le budget de la ville. En effet, Philippe Séguin a su tirer partie des subventions de l'Etat. Aux Etats-Unis, cette pratique bien connu dénommée « pork barel » vise pour un député élu à l'échelle nationale à se faire attribuer des aides pour l'Etat dans lequel il est élu. Cette méthode qui consiste à acheter ses électeurs avec des aides a pendant longtemps été dénoncée de tous les bords politiques. En 1994, ces aides pour Epinal ont représenté jusqu'à 50% du budget de la ville ce qui a permis de financer une partie des investissements sans recourir à l'emprunt. Ou presque !

Après son départ de la mairie en 1997, un audit financier a été effectué et a révélé, oh surprise, que la ville vivait au dessus de ses moyens. Elle était incapable de s'autofinancer et de dégager des ressources afin de financer les grands projets. La pression fiscale n'a cessé de s'accroître et la capacité de désendettement de la ville n'a cessé de croître pour atteindre vingt ans (moyenne tolérée par la cour des comptes, quinze ans).

Séguin se défend en arguant du fait que son troisième mandat était consacré à la réduction de la dette et à la gestion de la ville.

Ce bilan augure bien mal pour Paris. La politique du maire consistera à essayer de se faire payer les investissements par des subventions de l'Etat, à dépenser plus, à augmenter les impôts. Seule difficulté : ce qui valable à l'échelle d'Epinal n'est pas valable à l'échelle de la plus grande ville de France. Il ne sera pas aisé de faire payer l'ensemble des français pour les dépenses du maire de Paris.


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Juillet 2000, LIBRE ECHANGE