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Présidentielle 2002 : quel facteur décisif pour l'emporter ? (suite)


4. L'approche de la Gauche

La Gauche s'est progressivement définie comme le chantre du progressisme en matière d'amélioration de la condition humaine ; celle des salariés et des chômeurs, notamment. Pendant longtemps, elle fut persuadée qu'une économie planifiée pouvait se substituer à l'économie libérale et résoudre les problèmes d'inégalité sociale : ce fut un fiasco économique, doublé d'une catastrophe démocratique, partout où elle fut pratiquée (5).


En France, en 1981, les Socialistes se promettaient de changer de système économique. Mais, leurs premières mesures dans cette direction se traduisirent par des contre-performances telles que, dès mi-1982, ils durent se résigner à revenir au régime de l'économie libérale dont ils ont progressivement assimilé tous les concepts. Aujourd'hui, dans une économie libérale qu'elle ne remet plus fondamentalement en cause, la Gauche s'attache à mettre en ouvre son progressisme en matière d'amélioration de la condition humaine.


Mais, paradoxalement, si on ne peut l'accuser d'inexistence en ce domaine, elle n'y est pas exempte d'archaïsmes. En effet, ses solutions sociales ne sont faites que de prélèvements fiscaux (au sens le plus large) sur les « privilégiés » aux fins de redistribution vers les « défavorisés » ; ceux-ci étant, essentiellement, les salariés et, a fortiori, les chômeurs. Cela n'a rien d'immoral en soi mais constitue un handicap pour le développement économique dont le ralentissement toujours possible (provoquant une baisse des recettes fiscales (6) ), à ne jamais ignorer, peut rendre caduques lesdites solutions sociales.


Hélas, la Gauche, si elle a bien fait des progrès en matière d'appréhension de l'économie, ne semble pas être en mesure de se défaire de ses vieilles recettes en matière sociale et d'imaginer de nouvelles voies.



5. La synthèse économico-sociale

En résumé, aujourd'hui, en France et dans nombre d'autres pays, Droite et Gauche s'accordent sur les vertus de l'économie de marché en matière de création de richesse. Elles divergent quelque peu sur le degré de libéralisme à accepter.


Cependant, il convient de préciser que le libéralisme intégral, absolu, n'existe nulle part réellement dans les pays développés (7). Depuis longtemps déjà, de haute lutte, bien des correctifs ont été apportés (même aux USA ; cf. Loi antitrust).


L'avenir passe par la conciliation (8) des impératifs de l'économie libérale et de ceux de l'amélioration de la condition humaine. Pour être authentique et viable, il faut que cette conciliation soit en mesure de rendre interdépendantes les conditions de croissance économique et celles d'amélioration de la condition humaine. En d'autres termes, il faut mettre en ouvre un mécanisme qui induise une dynamique systématique entre l'une et l'autre.


Dans une telle perspective, toute croissance économique garantira, automatiquement, une amélioration effective du niveau de vie pour tous, indépendants et salariés, employeurs et employés. À l'inverse, et c'est la condition de cette automaticité, toute récession économique entraînera, pour tous, une détérioration du niveau de vie (9). Cette réciprocité inéluctable constitue l'assurance de la survenue, en cas de crise, du sursaut nécessaire pour restaurer la croissance économique. Ce risque, juste contrepartie de la première garantie, pourra paraître rédhibitoire mais doit être assumé, faute de quoi rien ne pourra être radicalement amélioré.


Cette synthèse économico-sociale se doit de proposer la mise en corrélation, de manière synergique, de la croissance économique et de l'amélioration du niveau de vie de tous les citoyens, tous membres de la Société confondus. Cette corrélation sera dynamique, systématique et automatique afin d'assurer l'avènement d'une économie libérale anthropocentrique d'où sera définitivement bannie la Fracture Sociale.


6. Conclusion

L'économie de marché recèle en son sein une « contradiction fondamentale » (10) : l'incompatibilité apparente entre compétitivité et solidarité.


Cette ultime (?) contradiction fondamentale de l'économie de marché doit être résolue.


Pour la résoudre, il est impératif de réaliser une synthèse qui rendra compatibles et interdépendants les antagonismes existant actuellement entre compétitivité et solidarité, entre employeurs et employés.


Si une telle synthèse voit le jour, elle assurera la victoire présidentielle au candidat qui s'en fera le champion sincère.


Jean-Pierre LLABRÉS
Économiste ; Consultant international
Résidence d'Anjou - 5B
183, avenue Joffre
F-66000 Perpignan
E-mail : Jean-Pierre.Llabres@bigfoot.com
Tel & Fax 04 68 63 82 24


Notes

(5) Dans l'absolu, il serait parfaitement possible qu'une économie planifiée puisse être mise en ouvre de manière efficace. Mais elle nécessiterait une capacité organisationnelle exceptionnelle dont l'économie libérale fait l'économie en vertu (?) de sa (cruelle ?) capacité naturelle d'ajustement de l'offre à la demande.

(6) Sauf par augmentation du taux de prélèvement fiscal, bien entendu.

(7) Le « capitalisme sauvage » compterait plutôt au rang des nombreuses calamités que doivent affronter les pays émergents. Dramatique apanage !

(8) On ne peut pas, hélas, parler de réconciliation.

(9) L'intangibilité des « avantages acquis », même en période de récession, ne peut être retenue quand l'acquisition d'avantages est automatique et systématique en période de croissance.

(10) Cf. « La fin de l'Histoire ? » ; Francis Fukuyama ; Revue Commentaire N° 47 ; Automne 1989.








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Mai 2001, LIBRE ECHANGE