Lui qui avait de manière visionnaire si bien su prévoir la montée du communisme en URSS, se retournerait dans sa tombe en apprenant que le monde totalitaire qu'il avait dépeint ressemble de plus en plus à notre monde occidental actuel.
1984 sonnait comme un avertissement visant à décrier la négation grandissante des libertés individuelles.
La situation politique en France, même si elle n'est pas comparable à celle de l'ex-URSS, devient inquiétante. Et on remarque des similitudes avec le célèbre roman d'Orwell.
Big Brother n'a jamais été aussi présent dans les esprits.
Le plus dramatique et inquiétant est que la pensée unique habite -presque- tous ces esprits, celle-ci étant véhiculée par tous les organes de socialisation (école, milieu associatif, etc.) mais aussi au travers des médias. Car l'Etat ne se limite plus à assurer ce que Max Weber appelait " le monopole de la contrainte physique légitime " ; il fait en sorte de lobotomiser les cerveaux humains afin d'annihiler toute forme d'individualisme.
Les médias prônent la tolérance, l'acceptation de la différence, mais rejettent tout ce qui leurs semblent contraires à cette pensée unique. Ils jouent le rôle du Ministère de la Vérité. La novlangue (1) a ainsi été instituée en France, réduisant ainsi le domaine de la pensée. Le mot " libéralisme " n'existe pas dans ce langage, ce qui explique son absence lors de cette élection présidentielle. Non pas que l'on ait bâillonné les leaders politiques libéraux comme Madelin. Le problème est que l'emploi de ce mot est banni. Tout ce qui fait penser de près ou de loin aux thèses libérales est forcement rejeté, ou reformulé. Ainsi, pour parler de fonds de pension, Chirac employait le terme de fonds de pension " à la française " et Jospin celui de " fonds salariaux d'épargne retraite ". Ce dernier va même jusqu'à reconnaître qu'il s'agit d'une " formule poétique ". Qu'est-ce que la poésie a à voir là-dedans ?
La seule différence avec le roman d'Orwell concerne le télécran ; aujourd'hui celui-ci n'est pas imposé mais choisi délibérément : 94% des foyers français sont équipés d'une télévision déblatérant en cette période électoral ce qui est conforme ou non à l'idéal démocratique, à l'intérêt général. Big Brother a gagné.
Assumons le mot libéralisme
Et quoiqu'on en dise le score d'Alain Madelin n'est guère réjouissant. Certes, ce dernier a fait légèrement mieux que le Parti Communiste, désormais relégué au fin fond des abysses électorales, mais beaucoup moins bien que les leaders d'extrême gauche, Arlette Laguiller et Olivier Besancenot. Ces personnages apparaissent quant à eux très sympathiques, avec d'un côté une jeune retraitée du Crédit Lyonnais aux idées révolutionnaires kitch, et de l'autre un gentil facteur reprenant le flambeau d'une Ligue Communiste Révolutionnaire vieillissante (sic).
Le danger est là : il s'agit d'un danger sémantique. Redonnons aux mots leur sens premier aux yeux de l'opinion publique. N'hésitons pas à condamner l'héritage des partis d'extrême gauche. Assumons nos idées. Proclamons haut et fort les vertus du libéralisme.
De cette manière, les gens auront une idée plus claire du débat qui s'offre à eux. Et ils reprendront goût à la contestation des excès du pouvoir politique qui a si bien caractérisé les Français par le passé.
Ce n'est qu'à ce prix que les libéraux français pourront se faire entendre. Car nous ne souffrons d'aucune contradiction, contrairement à ce que beaucoup aiment à avancer. Nous souffrons d'un complexe lié à notre image de méchants individualistes.
Mettons en ouvre tous les moyens pour que le 1984 décrié par Orwell ne se superpose pas à la réalité. Pour ce faire n'hésitons pas à proclamer haut et fort les valeurs et les principes qui sont les nôtres.
La guerre c'est la paix.
La liberté c'est l'esclavage.
L'ignorance c'est la force.
Clément LEROY
(1) Le but du Novlangue est bien évidemment de brider la pensée. Quand le Novlangue sera réellement utilisé par tous, les gens n'auront pas de mauvais raisonnements puisqu'ils n'auront pas les mots pour les penser. On oublie ainsi trop souvent la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme qui faisait la part belle aux libertés individuelles.