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La France libérale ignorée
La France contrairement à une idée répandue a bien une histoire de nation
libérale. Certes, elle n'a jamais fait des choix aussi clairs que la Grande
Bretagne. Toutefois, elle compte dans son passé de grands noms du libéralisme. A cet égard,
nous aimerions citer l'exemple des marins français qui sont partis à la
découverte du monde. Ces marins sont aujourd'hui largement méconnus à
l'exception de Jacques Cartier (voir les noms de lieux
donnés par Cartier et qui restent encore aujourd'hui), Lapérouse ou
Bougainville. La France semble donc avoir fait le choix de l'oubli de ces aventuriers.
Cette amnésie collective trouve sans doute ses
raisons dans le rejet de cette France ouverte et libérale.
Etienne Taillemite dans son merveilleux ouvrages « marins français à la
découverte du monde » (Fayard, 1999) retrace l'épopée de ces marins qui n'avait jamais fait
l'objet d'un ouvrage global et a cherché à combler cette lacune.
Quel est le caractère de ces marins ? Taillemite
les juge souvent partisans de l'économie libérale. En effet, ils pouvaient voir
la différence de réussite entre l'Angleterre libérale et l'Espagne frileuse et protectionniste. La
prospérité économique ne pouvait d'ailleurs s'établir que dans la liberté. Il
pouvait souvent voir que les monopoles s'accompagnaient d'une contrebande dont
ils pouvait facilement mesurer l'ampleur. Or ces marins s'opposaient au
protectionnisme de nos gouvernants. Ces observations ne résultaient pas d'une idéologie
mais plutôt de leur expérience personnelle et de ce qu'ils pouvaient observer. Ainsi,
Lapérouse (biographie de Lapérouse)
par exemple, se montre par ailleurs libéral et libre-échangiste
avant la lettre écrivant à propos de la colonie du Chili «si l'Espagne ne change pas de système,
si la liberté du commerce n'est pas autorisée, si les différents droits sur les consommations
étrangères ne sont pas modérés, enfin si l'on perd de vue qu'un très petit droit sur une
consommation immense est plus profitable au fisc qu'un droit trop fort qui anéantit cette même
consommation, le royaume du Chili ne parviendra jamais au degré d'accroissement qu'il
doit attendre de sa situation»
Pourquoi ces propos n'ont-ils pas eu plus d'échos ? Pendant longtemps, les rois de France ont
été accaparés par les guerres avec les voisins anglais ou prussiens. Pourtant,
il existe des exceptions notables. François Ier a joué un rôle non négligeable
dans l'exploration de Jacques Cartier en 1534 à qui il accorda une somme de 6000
livres pour aller en "terre neuve". Il est intéressant de noter que François Ier a
envoyé avant Cartier deux florentins, les frères Verrazane, découvrir l'Amérique
du Nord. A l'époque le nationalisme maritime n'existait pas et seule la réputation
des navigateurs importait. Louis XVI fut très attiré par les voyages maritimes et s'impliqua
dans l'organisation du voyage de Lapérouse. Enfin, Louis Philippe et
Charles X sous la restauration accordèrent une attention certaine à ces marins.
Ces navigateurs ont toutefois rarement inscrit
leur nom dans l'histoire de la navigation. Il est vrai que la France est à l'origine de
relativement peu de découvertes. Jacques Cartier a vu pour la première fois le
Saint Laurent au Canada. Bougainville a découvert la grande barrière
d'Australie, Lapérouse a découvert une partie des mers du Japon et de Corée.
Entrecasteaux a découvert quelques portions de côtes d'Australie et Dumont
D'urville a découvert les abords de l'Antarctique (terre Adélie du nom de la
femme du navigateur). S'ils n'ont pas été les plus brillants, ils ont néanmoins
joué un rôle certains qui ne saurait expliquer le manque d'intérêt des Français à leur égard.
Il faut donc en conclure que la France protectionniste a souvent vaincu cette France ouverte.
Pourtant, qu'est ce qui a pu faire courir les navigateurs
dans un tel contexte. L'exploration n'était pas une ballade
de santé. Marc Joseph Marion-Dusfrene, en 1772, en Nouvelle Zélande fut avec
quinze des ses hommes assaillis par trois cents guerriers maoris qui les assommèrent,
les découpèrent et les mangèrent sur le champs. Les navigateurs
partaient souvent plus de deux années et abandonnaient leur femme et vie
quotidienne. De plus, les conditions de vie à bord des navires étaient souvent
épouvantables avec de nombreuses morts et maladies. Lapérouse écrivait à sa femme que «... les fatigues d'un tel voyage ne peuvent être exprimées. Tu me prendras à mon retour pour un vieillard de cent ans,
je n'ai plus ni dents ni cheveux et je crois que je ne tarderai paes à radoter».
Il fallait donc du courage et une véritable volonté de découvrir afin de
s'engager dans des voyages si périlleux. La France a bien été autiste devant ces aventuriers. Les
marins nous rappellent pourtant cette partie de l'histoire oubliée, de cette
attraction de la France pour les découvertes, de cette France libérale qui a toujours
existé mais qui n'a jamais
réussi à s'imposer. Or ce libéralisme n'était pas dogmatique, il était pragmatique.
Nos marins qui n'étaient pas des économistes
ont bien compris les avantages du libéralisme sans jamais réussir à convaincre leurs concitoyens.
Nous écrire
France 2 va consacrer à partir d'octobre 2000, un feuilleton d'aventures en six épisodes
sur le voyage autour du monde de Bougainville.
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OCTOBRE 1999, LIBRE ECHANGE
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