L'UMTS va rapporter des sommes formidables dans tous les pays d'Europe : 50,5 milliards d'Euros en Allemagne, 37,5 milliards d'Euros en Grande Bretagne, 12,16 milliards d'Euros en Italie et une dizaine de milliards de Francs (seulement !) en Espagne. Les hommes politiques s'en réjouissent : ils vont pouvoir encaisser des recettes inespérées afin d'alléger la dette publique (et de reporter aux calendes grecques certaines réformes).
Devons-nous en tant qu'électeur, contribuable et consommateur nous réjouirent de ses enchères. En tant qu'électeur, il semble que les hommes que nous avons élus gèrent nos intérêts au mieux en réclamant aux entreprises ces sommes. D'ailleurs, lorsqu'un gouvernement, n'a pas prélevé son obole, comme cela a été le cas en Espagne, celui-ci a été très fortement critiqué par l'opposition. En tant que contribuable, il nous est toujours possible d'espérer que ces recettes permettront d'alléger les impôts sur les personnes physiques. En tant que consommateur enfin, l'UMTS nous permettrait de bénéficier des technologies de pointe, avec notamment des vitesses de transmission bien plus rapides qu'aujourd'hui.
Cette vision est pourtant totalement fausse pour une raison très simple : ce que l'Etat prélève sur un secteur économique aura un impact non négligeable qui se répercutera d'une manière ou d'une autre sur l'économie en général.
L'impact immédiat et le plus visible est la chute des cours de bourse de la totalité des opérateurs de téléphonie mobile pour rapport à leur cours maximum : -32,3% pour Mobistar, -33,2% pour Bouygues, -47,7% pour British Telecom, -45% pour France Telecom, -61,9% pour Deutsche Telekom. Le coût des licences n'explique pas à lui tout seul la baisse du cours de ces sociétés, mais il y contribue fortement. Or, une baisse des cours a un impact sur le portefeuille des contribuables. Certes, les fonds de pension, les hedge funds et autres financiers possèdent des actions, mais des millions de Français ont acheté des actions France Telecom (dont l'Etat reste actionnaire). Si l'action baisse, alors ces Français s'appauvrissent. Le coût des licences a bien un coût sur le patrimoine des Français.
Sur le plus long terme, ce prélèvement de l'Etat va faire baisser les bénéfices de la totalité des entreprises du secteur. L'impôt sur les bénéfices étant calculé comme son nom l'indique sur les bénéfices, l'Etat percevra moins d'impôts. Dans certains cas, il n'en percevra pas du tout, des entreprises rentabilisant leurs investissements sur une durée bien plus longue. Ce que l'Etat prélève aujourd'hui de manière très médiatisée, il ne le percevra pas demain sur les bénéfices des entreprises. C'est d'autant plus vrai que l'Etat ne commercialise pas un service (ce sont les opérateurs qui en plus de la ponction de l'Etat qui développeront le réseau), il ne fait que vendre le droit d'exploiter une technologie sur son territoire. L'Etat n'apporte aucune valeur ajoutée, il ne fait que prélever.
Pour le consommateur, il est bien évident que ces licences auront un coût : les opérateurs seront incités à économiser sur le développement du réseau (les coins les plus reculés ne seront pas toujours couverts). De plus, si ces entreprises veulent faire des bénéfices, les opérateurs seront obligés d'augmenter le coût des communications et des abonnements afin de faire participer les consommateurs et maintenir un niveau de résultat acceptable.
Enfin, ces mannes financières vont permettre à certains hommes politique de faire l'économie de réformes nécessaires. Ainsi, la France compte affecter une partie des sommes payées par les opérateurs afin de garantir le paiement des retraites futures. Ne nous faisons pas d'illusion, ces quelques milliards ne permettront pas de sauver le système actuel.
L'erreur est de penser que l'impôt est neutre sur l'activité. Or cette idée est totalement fausse. Dans le cas précis des licences UMTS, il y ce que l'on voit (la manne financière qui tombe dans l'escarcelle de l'Etat) et il y ce que l'on ne voit pas (baisse des cours des actions, baisse des bénéfices, augmentation des prix pour le consommateur). L'impact de la ponction de l'Etat lors de l'attribution des licences UMTS sera visible dans quelques années et à ce moment là, beaucoup des dirigeants politiques auront pris leur retraite politique et ne paieront pas pour les pots cassés.