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Le monde des enchères en ligne en ébullition
Le marché des enchères en ligne fait l'objet de toutes les convoitises. En effet, à la différence de tous les autres secteurs de la nouvelle économie, les entreprises qui exploitent des sites de vente aux enchères sont potentiellement bénéficiaires. L'exemple d'Ebay est très marquant. La société américaine réalise des bénéfices depuis des années et son cours de bourse a moins souffert que les autres entreprises de son secteur lors de la correction du mois d'avril dernier.
Un business model rentable
Il est vrai que le business model des sites de vente est cohérent. En effet, les sites de vente aux enchères rendent un service qui a un coût souvent non négligeable en dehors de l'Internet. Ainsi, faire paraître une annonce pour vendre un CD, une voiture ou louer un appartement implique des coûts de transaction élevés. Internet permet, non pas de supprimer ces frais, mais de les réduire. La commission perçue par l'organisateur des ventes en ligne reste dans tous les cas raisonnable. Ebay perçoit ainsi de 5% à 1,5% selon le prix de vente de l'objet, Aucland 3% par objet vendu. Ibazar, le leader français, qui pendant longtemps rendait un service gratuit, a décidé de faire payer une commission depuis le mois d'avril. Depuis la fin de la gratuité, le nombre de produits vendus sur le site n'a cessé de croître. Ce qui démontre que ce qui intéresse le vendeur n'est pas de bénéficier d'un service gratuit, mais de vendre son objet dans les meilleures conditions possibles et au meilleur prix.
La vente aux enchères sur Internet permet également d'avoir accès à des marchés qui dépassent largement les frontières nationales. Quoi de plus facile que de vendre un livre ancien à un américain sans sortir de chez soi. Toutefois, les secteurs économiques ne sont pas encore adaptés à cette situation. Ainsi, les moyens de paiement restent trop largement nationaux. Accepter un chèque américain entraîne une commission importante au profit de la banque et le coût des virements internationaux reste prohibitif pour les objets de faible valeur. Les banques ne proposent pour l'instant que des services nationaux. Le projet de banque transfrontalière, Ze bank, sponsorisé par Bernard Arnault, ouvre la voie en permettant d'offrir au client un service bancaire unique. Les marchés internationaux poussent les différents acteurs de l'économie traditionnelle à s'adapter à la nouvelle donne et permettent surtout à de nouveaux entrants de percer. Qui aurait pu penser que le leader des produits de luxe puisse s'immiscer dans le secteur bancaire avec une chance de réussite ?
Des réglementations nationales inadaptées ou archaïques
Les réglementations nationales se révèlent souvent archaïques et gênent le développement de ces sites. Le site de vente aux enchères, Nart en a fait les frais en se faisant condamner par le Tribunal de grande instance suite à une plainte d'un acheteur lésé. Le site de vente a été jugé contraire au monopole des commissaires priseurs qui est par ailleurs tombé (pour les ventes volontaires) et a été condamné à fermer son site. Afin de ne pas encourir de sanctions pénunières importantes, le site s'est associé à Maître Binoche, commissaire-priseur afin de pouvoir continuer à organiser des ventes en ligne. Dans ce cas d'espèce, la violation du monopole était plus apparente que pour les autres sites organisant des ventes aux enchères. Les objets en vente étaient souvent des objets d'art d'un montant moyen relativement important et les transactions étaient souvent réalisées par des Français. En revanche, pour des sites comme Ibazar, Qxl ou Aucland, les risques sont plus faibles. Ils n'empiètent qu'à la marge sur le marché des commissaires priseurs qui ne vendent que rarement des CD, des livres de poche ou des bandes dessinées à bas prix.
La France se singularise par ailleurs par des législations inadaptées. Ainsi, dans une autre affaire, des associations (notamment la LICRA) ont poursuivi en justice Yahoo Inc en raison de la vente sur son site de produits nazis, ce qui interdit par la loi française. Ces associations demandent à Yahoo d'interdire l'accès à son site américain par les internautes français. Si la France cherche à imposer à une entreprise américaine sa propre législation, demain, le site pourrait être poursuivi par les juridictions de 200 pays. Si des législations aussi aberrantes que la loi Gayssot et autres lois de ce type sont applicables en France, peut-on légitimement faire fermer les sites étrangers qui vendent des produits nazis (Amazon, Ebay, Yahoo, etc.) ? Il est nécessaire de répondre par la négative. La France n'a pas la possibilité d'imposer sa législation dans le monde entier. Alors, il sera nécessaire de demander aux providers des bloquer l'accès à ces sites, et de fermer "les frontières" de l'Internet.
Arrivée du loup Ebay
En dépit de ces contraintes nationales, les acteurs européens des ventes en ligne continuent de faire des affaires et de se développer. Il est vrai que ces règles étatiques obsolètes font moins peur que l'arrivée d'un concurrent comme Ebay. C'est pourquoi, ils s'arment en prévision de l'arrivée du géant américain. Les entreprises Qxl et Ricardo viennent de s'allier ce qui forme pour le moment le premier groupe européen. De son côté, le français Ibazar a réorganisé l'ensemble de son groupe afin de dégager les ressources suffisantes afin de financer son développement international. Il a ainsi vendu le moteur de recherche Ecila, sa participation dans le capital du site boursier Ibourse et dans l'hébergeur chez.com. De son côté, Aucland s'appuie sur les ressources de Bernard Arnault afin de continuer. Les autres sites risquent de connaître des difficultés ce qui demandera sans doute un recentrage vers des créneaux spécifiques. Le site Eurobid joue la carte européenne (plusieurs langues, convertisseur en Euro) en privilégiant les enchères courtes sur déstockage. Evatek de son côté envahit le créneau professionnel à particulier.
Vers un réveil des commissaires priseurs ?
Enfin, il ne faut pas négliger les commissaires priseurs dont le métier est de vendre des objets aux enchères et qui bénéficient à ce titre d'une expertise exceptionnelle. Ceux d'entre eux qui sauront utiliser cet outil pourront sans doute tirer leur épingle du jeu. Me Binoche semble ainsi faire le bon choix. D'ailleurs, la riposte (non juridique) s'organise et les commissaires priseurs voient l'intérêt de l'Internet. La France bénéficie d'un prestige presque inégalé en matière d'art et elle peut espérer en profiter. Certes, sur les 108 commissaires priseurs réunis en une cinquantaine d'études autour de Drouot SA, certains ne survivront pas. Surtout s'ils se contentent de retransmettre les ventes en simultané sur Internet.
Plusieurs pistes peuvent être envisagées. Ils peuvent s'associer à de sites de vente en ligne. La maison de vente de San Francisco, Butterfield and Butterfield, apporte à Ebay son expertise en matière de vente ce qui lui a permis de créer un site spécifique pour les objets d'art. Il en va de même pour Sotheby's qui apporte sa crédibilité à Amazon. Bernard Arnault, actionnaire de Philipps and Philipps, Tajan, Qxl, icollector ou Aucland a bien compris l'intérêt de faire jouer les synergies. Ils peuvent aussi organiser des ventes plus fréquentes, Internet évitant les coûts élevés de catalogue, de déplacement, etc. ce qui leur permettrait d'élargir leur marché.
Gageons que la situation va vite évoluer et que les positions actuelles des acteurs du secteur vont vite changer en raison de l'arrivée d'Ebay, de la réaction des commissaires priseurs, du vote de la loi abolissant leur monopole en France et surtout par l'augmentation des aficionados de ces ventes qui fera augmenter les arnaques potentielles (sur un million de transactions, les arnaques sont plus probables que sur 100.000). Toutefois, on peut être sûr que la guerre des greniers est lancée. Pourquoi garder un vieil objet que ne nous plait pas alors qu'il est possible de le vendre en quelques jours ?
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Septembre 2000, LIBRE ECHANGE
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