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Le paradoxal boom économique français



La France connaît son heure de gloire médiatique. Le magazine américain Newsweek du 20 mars dernier titrait : « la révolution française. Le high Tech et la recherche de la richesse aiguillent l'économie leader en Europe ». Comment aurait-on pu imaginer un tel renversement de tendance en si peu de temps ?


Le temps d'un président de la république qui s'adressait résigné et désarmé aux Français en octobre 1997 sont bien loin. L'alchimie française a même transformé une entreprise qui ne valait rien selon les mots de Juppé, Thomson multimédia en une entreprise vedette de la bourse française et qui dégage des bénéfices. Dernières affaires en date : les Chantiers français viennent de remporter l'appel d'offre sur la construction du plus grand paquebot jamais construit devant le chantier irlandais qui avait construit le Titanic. Ce choix fait sombrer le chantier irlandais et propulse le français parmi les leaders de la planète avec des milliers de créations d'emplois à la clef ?


Qu'a-t-il bien pu se passer ? Les 35 heures font l'objet des critiques les plus acerbes de la plupart des entreprises. Le nombre de Français qui se trouvent à l'étranger ne cesse de croître. On estime leur nombre à plus de 60.000 dans la Sillicon Valley uniquement. L'Etat continue de racketter les Français dans des proportions jamais égalées alors même que le gouvernement ne fait aucun effort de fond pour baisser les dépenses publiques. La réforme des retraites est toujours retardée et l'on peut imaginer d'avance que les propositions « électorale » de Jospin ne permettront pas de réformer en profondeur. Il faut que tout bouge pour que rien ne change.


Ce tableau noir de la situation française doit pourtant d'être nuancé. Si le nombre des Français aux Etats-Unis est important, ceux qui rentrent font partager une expérience exceptionnelle aux Français. La réussite de Multimania en bourse avec son président, M. Meyer est un exemple parfait. Cette jeune société est aujourd'hui valorisée à 1 milliard de Francs après quelques années d'existence.


La France continue à imposer très fortement les contribuables. Toutefois, comparons ce qui comparable (voir notre article). Les Américains sont moins imposés que les Français car l'Etat ne s'occupe pas de tout comme en France. Il en résulte nécessairement des impôts plus faibles. En revanche, il ne faut pas croire pour autant que l'Etat français est beaucoup plus généreux. L'Etat n'a pas le monopole sur la politique sociale. D'ailleurs, les Etats-Unis ne sont pas un pays ruiné comprenant des millions de pauvres errants dans les rues des grandes villes américaines. Si les riches sont aujourd'hui très riches (près de 14% de la population est millionnaire en dollars contre 4 % il y a une décennie), les pauvres sont moins nombreux et les chances de réussite sont plus grandes.


Il est donc certains que l'Etat français prélève des sommes énormes sur les ménages français. Toutefois, cette vaste redistribution n'est qu'un vaste jeu de passe passe. L'Etat selon Bastiat n'est qu'une vaste fiction au travers de laquelle tout le monde pense vivre au dépend de tout le monde. Ce que l'Etat prend dans une main, il en redonne une partie de l'autre. Il ne fait que donner l'illusion qu'il est généreux. N'oublions pas que l'impôt sur le revenu frappe nettement moins que la TVA, véritable vache à lait. Beaucoup de Français qui ne payent pas l'impôt pense bénéficier des largesses de l'Etat. Ils oublient qu'il se sert autrement. La vraie redistribution, c'est à dire une aide nette de l'Etat en faveur de ceux qui ont réellement besoin d'aide de la société ne touche qu'une infime partie de ce qui à qui profite du système. La majorité de la classe moyenne ne fait que payer les salaires des fonctionnaires et récupère une partie de ses impôts sous forme de service « gratuits » (éducation quasi gratuite dans les universités, rues, éclairage des rues, télévision sans publicité, etc.).


Le poids des impôts n'est donc pas nécessairement un handicap trop sérieux. Il l'est d'autant moins qu'il incite les entreprises et les particuliers à être entreprenant. S'il est vrai que les individus qui travaillent beaucoup paieront encore plus d'impôt, le jeu en vaut la chandelle. Un million divisé par deux avec l'Etat vaut mieux 60.000 Francs non partagé.


La France quoiqu'on en dise n'a pas instauré un régime communiste et les gens qui réussissent gagnent tout de même de l'argent. La fortune des Pinault, Arnault ou l'ex fortune de Tapie fascine les Français.


En revanche, la réussite fait l'objet d'un traitement différent des deux côtés de l'Atlantique. La devise française est bien : pour vivre heureux il faut vivre caché. Cela ne veut toutefois pas dire que personne ne doit réussir ou que l'on ne doit rien dépenser. En revanche, cela signifie sans aucun doute que l'approche française est différente de l'approche américaine. Les Américains s'interrogent plus sur les recettes des films qui sortent que sur les films eux même, ils s'intéressent plus à la levée des fonds des candidats à la présidence qu'aux idées elles-mêmes.


Reste le problème des 35 heures et de quelques législations totalement obsolètes qui freine l'initiative en France. Il semble bien que Jospin achète la paix sociale avec les 35 heures et avec quelques mesures symboliques. Martine Aubry se défendra toujours avec son air si sérieux en prétextant que l'on ne peut pas dire que ces mesures sont dérisoires car elle s'occupe des problèmes des Français. Le gouvernement Jospin manipule l'art de remuer du vent avec brio.


La France est certes bien est pays sur protégé mais les libéraux ne cherchent pas nécessairement à faire de la France le 51ème Etat de la fédération américaine. De plus, la manie de l'auto critique n'empêche pas d'agir. Au contraire, il donne sans doute aux Français qui veulent réussir la volonté de déplacer les montagnes, surtout lorsqu'elles sont aussi lourdes à porter que des montagnes de fonctionnaires.


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Mars 2000, LIBRE ECHANGE