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Les accidents du libéralisme
La catastrophe ferroviaire de Padington en Grande-Bretagne a choqué l'opinion publique européenne. En Angleterre parce qu'un accident suscite de nombreuses émotions parmi les familles mais également par procuration pour les autres. En France, parce que cet accident a permis de conforter les Français dans le fait que la privatisation et la libéralisation des « services publics » entraînent de nombreux accidents, une baisse du service, etc.
Pourtant les accidents de train se sont multipliés depuis cet accident en Allemagne comme en France. Il est vrai que le dernier accident en France n'a provoqué que des blessures superficielles et non pas des dizaines de morts. La couverture médiatique n'a pas été la même.
Pourtant, on ne peut appliquer une grille de lecture différente selon les accidents. Le tunnel du Mont blanc a été à l'origine de la mort horrible de dizaines d'automobilistes. Pourtant, cet accident n'a jamais été attribué à l'administration. L'opinion publique cherche toujours un responsable. En revanche, la catastrophe de l'Erika a son coupable unique : l'entreprise privée Total. Il est toujours bon de taper sur une entreprise capitaliste et internationale qui a nécessairement pour unique objectif de satisfaire ses actionnaires au détriment des consommateurs, de l'écologie etc...
Les inventeurs de la grotte Chauvet ont passé des années devant les juridictions pour faire reconnaître leur droit sur l'exploitation de la grotte qu'ils avaient découvert. Dans ce cas là, comment qualifier la faute de l'Etat et de ses représentants ? Un gauchiste nous répondra qu'il s'agissait d'une erreur, que quelques fonctionnaires sont sortis de leurs attributions. L'Etat ne commet pas d'erreurs. Elle cherchait simplement à rendre un service public accessible à tous les Français.
D'ailleurs, il est frappant de remarquer que les Français ne peuvent pas porter plainte contre le « France » ou l'Etat français. Ils ne peuvent porter plainte que contre les échelons intermédiaires un peu comme si l'Etat ne pouvait pas commettre d'erreur. En revanche les organismes partent dans la course avec un bras attaché dans le dos. Ils sont toujours présumés coupables.
L'interprétation des catastrophes par les médias français pourrait relever de la psychologie des rêves de Freud. Pourtant il faudra bien réveiller les Français et leur faire comprendre que si les entreprises peuvent commettre des fautes, l'Etat n'est pas en reste.
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Mars 2000, LIBRE ECHANGE
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