La privatisation de France 2 est aujourd'hui nécessaire et inéluctable. L'étude rapide de la grille des programmes permettra d'éclairer notre propos. La différence entre TF1, chaîne privée et F2 chaîne publique, notre lecteur en conviendra, est difficile à cerner. Les émissions sont similaires et les animateurs sont interchangeables (Michel Drucker est-il plus "service public" sur F2 qu'il ne l'était sur TF1 ?)°. Les films diffusés et les feuilletons sont aussi américanisés que sur TF1. A la vue des programmes, F2 ne remplit pas son rôle d'exemplarité.
Seule différence notable : la qualité des programmes de F2 est presque toujours inférieure à celle de TF1. En effet, F2 n'a pas les moyens financiers de TF1. Elle doit concurrencer une chaîne commerciale avec un bras dans le dos. Tâche impossible ! Pour autant elle ne cherche pas à se distinguer en produisant des programmes de qualité. F2 n'est donc pas une chaîne commerciale, elle n'est pas non plus une chaîne éducative ou culturelle. D'ailleurs ce n'est pas son rôle : la cinquième ou Arte sont déjà censées remplir une mission d'éducation et de culture.
Une redéfinition du "service public" est nécessaire
L'Etat doit donc redéfinir clairement le rôle du service public. Trautman dans sa loi sur l'audiovisuel qui fait aujourd'hui l'objet d'une "révision" a été incapable de le faire. Si l'objectif pour F2 est de concurrencer TF1, alors il faut privatiser. L'Etat n'a plus pour rôle de posséder des intérêts dans une entreprise du secteur concurrentiel. Il aurait toutes les casquettes : acteur (F2), actionnaire (comblerait les déficits) et régulateur par l'intermédiaire du parlement et dans une moindre mesure par le CSA.
En revanche, si l'objectif de F2 est d'assurer pleinement une mission de service public, on peut s'interroger sur la nécessité de garder quatre chaînes étatisées: Arte, F2, F3 ainsi que la cinquième. Il ne peut qu'exister des doublons et le coût budgétaire sera on s'en doute exorbitant. En effet, en théorie, la source de financement des chaînes publiques ne peut pas provenir de la publicité. L'Etat doit donc financer le budget de ses chaînes, ce qu'il fait pour partie avec la redevance. Or il n'est possible d'augmenter en permanence cet impôt. Là encore, on comprend qu'il est nécessaire de privatiser afin que l'Etat puisse se recentrer sur les chaînes restantes : une chaîne éducative, une chaîne culturelle et une chaîne plus régionale (F3).
La Commission européenne a d'ailleurs été saisie par des chaînes privées européennes qui contestent les pratiques des chaînes publiques. Karel Van Miert, commissaire européen chargé de la concurrence, dans un "document de réflexion" conteste la légitimité des chaînes publiques à avoir accès au marché publicitaire et à diffuser du sport et des jeux. Si l'on suit le commissaire européen, F2 serait contraint d'arrêter la diffusion en début de journée faute de programmes à diffuser.
Libérer le secteur audiovisuel de la tutelle politique
F2 n'a donc aucun rôle à jouer dans le paysage audiovisuel public. A moins qu'il ne s'agisse d'un moyen pour la classe politique de droite comme de gauche, de conserver une certaine tutelle sur les médias. F2 servirait donc de contre-pouvoir à la chaîne privée TF1. Le premier ministre pour des raisons d'opportunité politique s'exprime ainsi devant les caméras de F2. En revanche, s'il veut être entendu par une large partie de la population française, il se fera inviter au journal télévisé de TF1. Ce dernier exemple montre d'ailleurs que les politiques conservent une influence sur les médias privés. On peut donc s'interroger sur sa tutelle sur les chaînes lui appartenant. Aux Etats-Unis, ce genre de pratique n'est pas même envisageable. Libérons le secteur audiovisuel afin d'instaurer un contre-pouvoir aux hommes politiques.
Privatisons France 2 tout de suite
PRIVATISONS donc F2 tout de suite. Les rumeurs vont bon train depuis quelques années et la privatisation est agitée comme un épouvantail. A cet égard, l'idée avancée par certains hommes politiques de droite de procéder à une "privatisation populaire" est totalement démagogique. TF1 est la chaîne populaire par excellence.
Un seul mot d'ordre : la privatisation pure et simple afin de faire avancer la démocratie dans notre pays et éviter aux contribuables de nouveaux désagréments.