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Les frontières de la zone de libre échange européenne




Les leaders européens ont décidément bien du mal à se mettre d'accord sur les frontières extérieures de l'Union européenne. Le récent sommet d'Helsinki en a donné une bonne illustration avec le problème récurrent de l'adhésion de la Turquie.

En théorie, rien ne devrait s'opposer à l'intégration rapide de ce pays à la zone de libre échange des quinze pays européens. Le passé de la Turquie plaide en sa faveur. L'ancien "homme malade" de l'Europe a pendant des siècles occupé une partie de l'Europe orientale et a donc influencé de nombreux pays ainsi qu'il a été lui-même influencé. A bien des égards, la Turquie est un pays européen.

Par ailleurs, l'Etat turc est laïc depuis la prise de pouvoir d'Ataturk en dépit des nombreuses pressions des intégristes islamistes. Dans tous les cas, la Turquie est plus laïque que de nombreux pays européens : la reine d'Angleterre est chef de l'église anglicane et le président de la république française nomme les évêques de l'Alsace et de la Lorraine. Partout en Europe, les frontières entre les Etats européens et les religions chrétiennes sont encore évanescentes. De plus, n'oublions pas que la religion musulmane est la deuxième de France.

Le niveau de vie de la Turquie n'a pas de raison de bloquer son adhésion. La Grèce a bien été intégrée en même temps que l'Espagne et le Portugal alors que son niveau de vie et de développement était bien plus faible que celui des autres Etats membres de la CEE. Aujourd'hui, l'Espagne réduit l'écart qui la sépare des autres pays européens et montre que les écarts ne sont pas figés. La politique de la main tendue réussit mieux que l'égoïsme des pays riches.

Enfin, le conflit entre la Grèce et la Turquie n'a pas de raison de faire obstacle à cette union. Cette rivalité est également un problème européen et la Grèce a une énorme part de responsabilité. L'adhésion de la Turquie ouvrirait une opportunité de mettre à plat cette rivalité inadmissible dans des pays dits civilisés et de trouver une solution qui satisfasse les deux parties avec des moyens de pression efficaces : la Grèce bénéficie des largesses de l'union européenne et la Turquie cherche à s'intégrer.

Enfin, l'Europe conserve sa force d'attraction. L'Espagne, le Portugal ou la Grèce ont fait des efforts considérables afin de rejoindre l'Union. Fermer la porte à la Turquie pourrait avoir des conséquences que nul n'est capable de prévoir.

Pourtant, en dépit de tous ces éléments favorables à l'adhésion de la Turquie, celle-ci traîne. Cette difficulté à envisager le problème turc reflète en fait une appréhension des européens chrétiens face à un pays islamistes qui fait peur. Les Européens craignent des déplacements massifs de population et la création de mosquées dans nos campagnes à la place de nos églises qui par ailleurs se vident tous les jours un peu plus.

Mais un peu d'effort, amis européens. Les Etats-Unis ont accueilli le Mexique dans l'ALENA sans entraîner de déplacements massifs de population (ou en tout cas pas plus qu'avant). De plus, comment empêcher des peuples de circuler alors que les frontières sont communes ? N'oublions pas que la ville d'Istanbul se situe sur le continent européen à côté de la Grèce. Il n'est pas réaliste de fermer les frontières de l'Europe qui sont par définition poreuses.

L'Europe se doit d'accueillir à terme dans l'union tous les pays du continent européen, peu important la religion et la couleur des Etats la composant. La liste est longue : Pologne, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Roumanie etc... L'Europe se doit de créer un grand marché ouvert dans lequel les individus peuvent circuler librement. N'ayons pas peur : la libre circulation des personnes n'entraînera pas des déplacements massifs de population. Les personnes ne sont pas des marchandises et se déplacent rarement de gaieté de coeur. Seules de fortes difficultés économiques expliquent des mouvements massifs de population comme c'est le cas actuellement avec le Mexique. L'Irlande terre d'émigration depuis un siècle et demi voit la population expatriée revenir au pays maintenant que la situation économique est meilleure.

La solution n'est pas de poster des douaniers partout le long des frontières et de créer une administration pléthorique chargée de contrôler les immigrés mais plutôt de s'assurer que les populations restent chez elles en leur assurant le meilleur des niveaux de vie.

Ouvrons donc les frontières à la Turquie qui mérite plus que notre peur à l'égard de ce qui est différent de nous.


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Janvier 2000, LIBRE ECHANGE