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Les SDF en liberté surveillée
| Résumé : La mairie de la ville de Seattle aux Etats-Unis propose d'attribuer un numéro
d'identification personnel aux sans abris afin de connaître leur historique. Cette
mesure nous semble dangereuse et utopique. Ficher, traquer les SDF afin d'assurer une meilleure
allocation des ressources est très dangereux. A ce moment, il n'y a qu'un pas à franchir
afin de sombrer dans la dictature administrative. Pour éviter cette dérive, il est nécessaire
de décentraliser le système d'allocation des aides afin que les centres d'aide puissent eux même
déterminer leurs besoins. Le principe de subsidiarité doit s'appliquer en matière de circulation
de l'information. L'échelon le plus à même d'utiliser une information doit l'utiliser lui même. |
Un homme s'effondre dans un abri pour les SDF. L'employé lui demande son numéro d'identification personnel.
L'homme prononce difficilement quelques chiffres et l'employé saisit les données dans son ordinateur.
Là apparaît la fiche d'identification de l'individu : cet homme est schizophrène, il a dormi dans
trois abris différents la semaine dernière. Le numéro de téléphone de l'assistante sociale qui suit
ce SDF apparaît sur l'écran.
Cette image effrayante tirée des meilleurs ouvrages de science fiction n'existe
heureusement pas encore en France mais va sans doute devenir une réalité aux Etats-Unis dans la ville de
Seattle.
En effet, le Conseil municipal de Seattle envisage de mettre en place un réseau informatisé
pour suivre "l'histoire individuelle" des
sans abris de la ville ainsi que leur utilisation des services municipaux. Elle attribuera un
numéro d'identification pour chacun des sans abris. L'objectif est de mieux connaître les
besoins des SDF et permettre ainsi une meilleure allocation des fonds publics.
Les associations de défense des SDF ou celles défendant la vie privée s'inquiètent de la
diffusion aussi large d'informations confidentielles
. Elles s'interrogent sur l'utilisation qui pourrait être faite de ces données et des discriminations
possibles, l'Etat sélectionnant ceux qui méritent les aides
et abandonnant les autres.
Ce système semble logique et réaliste dans une économie centralisée sous la coupe d'un Etat providence
omnipotent. Plus le système se centralise, plus l'information qui sert à prendre les décisions
est difficile à obtenir. Il est
donc nécessaire de recourir à un flicage des individus afin de mieux les connaître et estimer
leurs besoins. Ce qui est bon pour les SDF pourrait être bon pour l'ensemble de la population demain dans
le domaine de la santé par exemple.
Il faut donc s'inquiéter de ce genre de cette mesure car elle illustre bien la tendance naturelle de
tout gouvernement à accroitre ses prérogatives.
Un régime bureaucratique doit centraliser les
informations. C'est une nécessité qui permet de rationaliser le système en allouant les aides là où
elles sont nécessaires.
Ce système comporte des risques importants :
- Il est dangereux de briser la chaine de l'information.
Avec un système informatique centralisé, il est presque possible de se passer de l'avis des centres d'aide
en leur
répliquant qu'ils n'ont qu'une vue locale des besoins. Ils peuvent dès lors
se transformer en exécutant. Bien sûr, il ne faut pas exagérer ce phénomène. Il bien évident que la
mairie demanderait toujours l'avis des échelons intermédiaires. Pourtant le risque est bien réel.
- La remontée de l'information peut être mauvaise. L'instauration d'une procédure
afin de collecter les données dépend d'êtres humains qui peuvent commettre des erreurs. Ainsi le choix des
critères ou des informations peuvent être mauvais.
- De plus, tout système centralisé
comporte des lacunes. En cas de panne du système, quelle panique ! De plus, la sécurité n'est jamais
garantie à 100%. D'ailleurs ce concept n'existe pas, les prestataires informatiques prévoient
toujours dans les contrats de service des clauses limitatives de responsabilité.
L'Etat n'a pas plus de compétences que des entreprises privées pour fiabiliser le système. Ceci
est d'autant plus vrai qu'il fait appel à des sociétés privées.
Comment dès lors assurer que la confidentialité des
informations sera respectée ?
- Enfin, la personne ou le comité
qui prend les décisions peut commettre une erreur, de bonne foi ou non dans l'interprétation et
ainsi faire le mauvais choix.
Un système peut créer des rentes de situation en favorisant telle ou telle personne ou tel ou
tel organisme.
De plus, le décisionnaire peut faire de mauvaises anticipations (prévoir par exemple une baisse du
nombre des sans abris).
Il peut se tromper dans l'allocation des ressources : un centre peut être favorisé par rapport à un
autre.
Or le phénomène des sans abris ne répond pas toujours aux statistiques. Comment prévoir la
localisation des sans abris dans trente jours ? Leur comportement est erratique et ne répond pas toujours à des modèles. La seule manière consisterait à les forcer à rester à une place comme l'a fait le Moyen Age avec les vagabonds. Or cette mesure n'est pas envisageable dans une société démocratique comme la notre.
Pour ces raisons, ce système de centralisation fait encourir des risques trop importants. Il est nécessaire de laisser l'initiative aux centres locaux, aux individus qui voient les sans abris. Eux seuls sont capables de connaître réellement les besoins. Encore faut-il savoir responsabiliser. Il ne s'agit d'accorder des fonds sans contrôler. Les chances de se tromper sont plus faibles : la connaissance du terrain est meilleure. En cas d'erreurs, les conséquences sont plus faibles et touchent moins d'individus. Enfin, la condidentialité des informations est respectée. Chaque individu (employé social, directeur de centre) ne possède qu'une partie des informations.
La centralisation déshumanise la société en éloignant le pouvoir des individus et en
déresponsabilisant les acteurs. Pourquoi faire des efforts si nous ne détenons plus la
capacité de décider et que tout vient d'en haut ? De plus, la chaleur
humaine, un conseil sont aussi importants que des chèques. Le but de toute politique
n'est pas d'indemniser les individus mais de les aider réellement à s'en sortir.
La mairie de Seattle s'engage vers la voie de la centralisation et du toujours plus d'Etat.
Elle réalise le rêve de tout bureaucrate de centraliser toutes les informations disponibles sur un
individu : fichier de l'impôt sur le revenu, taxe d'habitation, redevance audiovisuelle,
empreintes digitales, numéro de sécurité sociale, ADN, voyages à l'étranger, fiches des renseigmenents
généraux etc... C'est avec ces idées que l'on instaurera une dictature bureaucratique.
Décentralisons les décisions, responsabilisons les intervenants (SDF, services municipaux) plutôt
que de donner vie aux romans d'anticipation.
Nous écrire
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NOVEMBRE 1999, LIBRE ECHANGE
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