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Orwell dans son roman d'anticipation “1984” avait jeté les bases d'une nouvelle langue. La novlangue comme il l’avait baptisée devait permettre de restreindre la pensée des individus en supprimant de notre vocabulaire les mots comme Liberté. Ainsi, le fonctionnaire au service de Big Brother ne pouvait donc qu'émettre de “bonnes idées” aussi "automatiquement qu'une mitrailleuse sème des balles". La situation actuelle aux Etats-Unis et dans un moindre mesure en France présente certaines ressemblances avec la novlangue orwélienne.

 

Une nouvelle chasse aux sorcières s'est engagée sur les campus américains et dans certaines institutions françaises (Université Paris VIII). Dans les années 50, Mc Carthy traquait les communistes dans toutes les institutions américaines. L’acteur Ronald Reagan avait ainsi été soupçonné de partager certaines idées avec les marxistes. Aujourd'hui, les rôles se sont inversés et, ceux qui ont été soupçonnés dans le passé, les communistes, les gauchistes, les homosexuels, les féministes, tiennent maintenant les rênes de cette nouvelle chasse aux “conservateurs”. Le politiquement correct a mené des actions dans trois principales directions que sont le vocabulaire, l’histoire et l'éducation.

 

Commençons par ce qui nous touche le plus au quotidien, le vocabulaire. Pour les défenseurs du politiquement correct, le vocabulaire a été créé par les blancs, mâles, racistes et sexistes. Dans leur esprit hautement nuancé, l’usage répété de ces mots induit un sentiment d’infériorité. Cela est révélateur de l'idéologie politiquement correcte comme nous le verrons un peu plus loin. Si l’on suit ces arguments, on comprend bien qu’il est nécessaire de changer ce vocabulaire qualifié “d’oppresseur”. Un dictionnaire politiquement correct permet d’éviter les erreurs grossières. Ne parlons plus de "chairman". Quelle horreur aux yeux des politiquement correct! Parlons plutôt de "chairperson". Le terme "woman" est sans aucun doute sexiste. Utilisons plutôt le terme de "womyn" qui est beaucoup plus neutre. La France n’est malheureusement pas épargnée par cette vague venant d’outre atlantique. L’immigré clandestin a été rebaptisé récemment. On parle désormais de sans papiers (peut-être le clandestin a-t-il perdu ses papiers à l’aéroport). Les médias relayent cette fièvre d’égalitarisme trompeur. Le vocubulaire employé est devenu totalement aseptisé tant au niveau politique que culturel (Cf. les discours sans fins sur la féminisation des termes politiques).

La France n’est malheureusement pas épargnée par cette vague venant d’outre atlantique. L’immigré clandestin a été rebaptisé récemment. On parle désormais de sans papiers (peut-être le clandestin a-t-il perdu ses papiers à l’aéroport). Les médias relayent cette fièvre d’égalitarisme trompeur. Le vocubulaire employé est devenu totalement aseptisé tant au niveau politique que culturel (Cf. les discours sans fins sur la féminisation des termes politiques).

L'histoire a aussi fait les frais des fureurs du politiquement correct. Les programmes font l’objet d’une vaste tentative de réécriture. Les minorités américaines jugent que la vision actuelle est beaucoup trop européenne et “oublie” de faits historiques essentiels. Ainsi, les noirs seraient à l'origine de notre civilisation (la preuve, Cléopatre était noire selon l’auteur noir Cheikh Anta Diop). De même, les noirs ont sans aucun doute découvert l'Amérique sur des radeaux, portés par des courants directement jusqu'aux Etats-Unis. Ce discours est d’ailleurs relayé par certains professeurs de sciences politiques dans nos universités françaises (Université Paris VIII à Saint Denis). Toutefois, les noirs n'ont pas le monopole de la réécriture de l'histoire. Aujourd'hui les féministes cherchent à se libérer de la dictature des mâles qui sont assimilés à des tyrans. La déclaration des droits de la femme écrite en 1792 par Olympe de Gouge qui finira guillotinée est ressortie des cartons dans les campus politiquementcorrects.

 

Enfin, l'éducation fait l’objet de la plus grande attention. Il convient de réformer totalement les méthodes d’enseignement ainsi que les programmes. Cette attirance sur l’éducation n’est pas sans rappeler les tentatives des régimes totalitaires (communistes et nazis ) d’agir sur le peuple en contrôlant l’éducation des jeunes générations. La France n’est pas en reste avec l'université de Saint Denis près de Paris créée suite aux événements de 1968. Lapassade et d'autres y enseignent le tag. L’oeuvre de Shakespeare est revisitée, adaptée et modernisée et ... rappée !

 

La clé du succès de cette nouvelle éducation : les étudiants doivent se sentir bien ("feel good") . Il ne faut pas les rabaisser en leur donnant des notes ou bien en les classant. Des écoles "nouvelles" sont créées sans qu'aucunes notes ne soient attribuées aux étudiants. Thomas Sowell, un universitaire noir à l'institut Hoover, constate que les notes données aux étudiants sont bien meilleures qu'il y à vingt ans sans que le niveau moyen des étudiants ne justifient ce phénomène. Les "A" sont beaucoup plus nombreux, trop nombreux même à ces yeux ! Les écoles doivent également tenir compte des spécificités de tous les élèves ce qui conduit à un éclatement de l’éducation. Des écoles pour homosexuels uniquement bourgeonnent aux Etats-Unis comme la Harvey Milk à New York. Les écoles traditionnelles ne seraient-elles pas adaptées pour les assimiler ? Les étudiants noirs réclament également des institutions séparées. Les femmes vont-elles réclamer des écoles séparées ? La volonté d'assimilation des années 60 prônée par Kennedy est rejetée par les "bénéficiaires" de ces actions. Un retour aux années 50 serait-il une marque de progrès ?

 

L’attitude des minorités face au efforts des défenseurs du politiquement correct est pourtant fort contrastée. Selon un sondage du Washington post et de ABC, 66 % des noirs en 1991 préféraient le terme de "noir" à "Afro-américain" que les idéologues du politiquement correct ont cherché à imposer. L’efficacité des politiques en faveur des minorités depuis trente années est également remise en cause. Depuis quelques années, les électeurs ont d’ailleurs voté pour l’abolition de certaines règles aux effets qualifiés de pervers.

 

La Révolution politiquement correcte occupe pourtant les devants de la scène médiatique . Les valeurs américaines traditionnelles sont attaquées les unes après les autres. Les professeurs gauchistes cherchent à imposer leurs idées à la jeunesse. Il ne faut pas perdre de vue qu'aux Etats-Unis les jeunes étudient à des milliers de kilomètres de chez leurs parents et sont donc plus facilement influençables. La liberté de penser, valeur essentielle dans toute démocratie, est attaquée. La société américaine est ainsi “déconstruite” par ces idéologues terroristes.

 

Les Etats-Unis demeurent la nation la plus puissante au niveau économique. Toutefois cette domination risque d'être remise en question non pas par les nouvelles puissances asiatiques comme on pourrait le croire mais plutôt par ses ennemis intérieurs. Les valeurs des White Anglo Saxon Protestant (WASP) s'effondrent. Ces derniers sont à l'origine du développement des Etats-Unis avec des principes qui découlent de la religion protestante tels que le travail, la famille et l'épargne. Ces valeurs sont remplacées par des valeurs négatives : la famille éclatée (cf. les séries américaines) met à mal l’institution de la famille; le sentiment “feel good” sape la vertu de la récompense liée au travail ou à l’effort.


Une société en miette se dessine devant nous avec l'aide des politiquement corrects. Plus grave, le cohésion de nos sociétés se trouve affaiblie. Les hostilités sont ouvertes sur les campus. Mais on attend ses effets sur l'économie. L'Asie nous semble dangereuse. Quelle erreur! L'ennemi s'est infiltré sans faire de bruit. Les conséquences n'en seront que plus désastreuses.

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Octobre 1998, Libre Echange