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Comme attendu depuis quelques semaines, les 35 heures permettent à Martine Aubry et à sa majorité plurielle de réaliser un exercice d’équilibrisme hors du commun. En effet, on pouvait se demander comment le Ministre de l'emploi (sic!) pourrait enterrer les 35 heures tout en laissant penser à sa majorité et au Français que la France était bien sur la voie de la réduction du temps de travail. Au vue de l'avant projet de loi, l’exercice semble réussi en dépit des critiques concernant les cadres.


La difficulté était pourtant réelle. La gauche avait fait naître de nombreux espoirs en 1997 et deux ans après, les diverses composantes de sa majorité cherchaient des satisfactions. Le calendrier électoral n'a pas rendu service à Martine Aubry. Suite aux européennes, les Verts dopés par leurs résultats ont cherché à faire entendre leur voix. Or ils sont très favorables aux 35 heures, aux 30 heures et ... au chômage (ou non travail) de l’ensemble de la population. Les communistes de leur côté cherchaient un gage à présenter à ses électeurs déçus. La stratégie d’alliance avec les socialistes devaient être récompensée par des actions du gouvernement en leur direction. La confiscation de l’ensemble des profits ne semblant pas envisageable, la loi sur les 35 heures était sans doute la meilleure opportunité afin de satisfaire les communistes de manière symbolique.


La création d'emplois déraille

La voie des 35 heures est pourtant difficile à suivre. Les créations d’emplois ne sont pas à la hauteur des espérances. Le 15 juin 1999, le Ministre de l’emploi estimait que 71000 emplois avaient été créés ou sauvegardés par les 35 heures. Néanmoins, ses emplois permettent surtout aux entreprises de réaliser des embauches avec une aide de l’Etat. Mais ces emplois auraient dans tous les cas été créés. L’Etat, afin de gonfler les chiffres donne l’exemple de la création d’emploi à l’EDF. Près du quart des emplois créés ou sauvegardés le sont dans le secteur public. Pour l’EDF-GDF seul, l’Etat va débourser 110.000 francs par poste créé soit 550.000 millions de francs.



Rappelons que les aides accordées aux entreprises qui passent à 35 heures en embauchant 6% de personnes supplémentaires permet de percevoir un minimum de 35.000 francs par emploi créé. Ces emplois créés s’ajoutent aux autres aides diverses (emploi jeune, contrat initiative-emploi, aides pour les apprentis, primes à l’embauche).



Le projet libéral d'Aubry

L'avant projet de loi présenté par Aubry présente des caractérisitiques fondamentalement libérales. Ainsi, les socialistes modifient l'article L212-1 2e alinéa et L212-7 2e alinéa. Le premier limite la journée de travail à 10 heures par jour et le second limite limite la semaine à 48 heures. Le projet prévoit que les "itinérants" (les commerciaux par exemple) ne sont pas soumis à ces articles. Cette nouvelle possibilité est par ailleurs ouverte à d'autre catégories de salariés. Cette modification fait écho à la condamnation du PDG de Thomson RCM le 21 juin dernier qui avait été incapable de présenter les horaires effectifs des cadres de son entreprise. Autre exemple significatif : l'allègement des cotisations sociales nécessitera un accord des organisations syndicales majoritaires ou à défaut devra être soumis aux salariés pour approbation. Cette mesure permet à Aubry d'obtenir le soutien des organisations dominantes comme la CGT. Toutefois, il permet d'introduire en France de manière législative le référendum dans les entreprises permettant ainsi de se passer des syndicats si nécessaire.


Une fois de plus, la gauche française montre son réalisme. On ne peut guère se réjouire de cette situation scandaleuse. La France se porterait sans doute mieux si nos hommes politiques faisaient l’éloge du travail, de l’effort, du goût du risque plutôt que de prôner le nivellement par le bas. Dans le contexte actuel, cette gauche émoliante est ce que la France peut espérer de mieux. A nos dirigeants de droite de savoir enfin convaincre les Français.



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Juillet 1999, LIBRE ECHANGE



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