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Payer pour immigrer ?
La France a un passé de terre d'immigration au même titre que les Etats-Unis. Aujourd'hui, près d'un français sur quatre a au moins un grand-parent d'origine étrangère. Ce statut est disputé depuis quelques années en Europe par l'Italie et surtout l'Allemagne. Or, l'afflux de main d'œuvre étrangère a toujours été bénéfique pour la France en dépit des difficultés d'intégration. La croissance est aussi tirée par les personnes qualifiées qui décident d'y aller faire leur vie. Pourtant nos hommes politiques semblent incapables de sortir du dilemme ouverture/fermeture des frontières. Est-il possible de trouver une porte de sortie qui permette à la France de ne pas perdre des opportunités.
Sortir du dilemme ouverture/fermeture
Gary Becker, prix Nobel d 'économie et disciple d'Hayek à l'université de Chicago, propose une solution efficace : vendre le droit d'immigrer dans un pays. Sur un marché économique, la manière de faire face à une augmentation de la demande sur un service ou un produit est d'augmenter son prix. Cela réduit la demande et stimule l'offre. Pourquoi ne pas adopter une attitude similaire pour aider à résoudre le problème de l'immigration ? Toute personne qui serait prête à payer un certain prix pourrait entrer dans le pays désiré immédiatement.
Le système actuel de sélection des immigrés n'est pas tenable. Aux USA par exemple, la majorité des visas est accordée aux individus possédant de la famille aux Etats Unis. Pour le reste, les visas sont tirés au sort par loterie. En France, la délivrance des visas dépend de la conjoncture politique. Un gouvernement est sévère et sanctionne durement l'immigration clandestine et cherche à fermer la porte aux immigrants légaux. Le gouvernement d'après au contraire est beaucoup plus clément. L'immigration est une chose beaucoup trop sérieuse pour être laissée aux hommes politiques.
Les services d'immigration, toujours selon Becker, fixeraient un prix pour un permis de résider de manière permanente et toute personne qui paierait ce prix et qui remplirait certaines conditions (ne pas avoir de casier judiciaire, ne pas avoir de maladie infectieuse) aurait le droit de rentrer. Ceux qui ne paieraient pas pourraient toujours utiliser les procédures classiques afin d'immigrer. En effet, Gary Becker n'envisage cette méthode de sélection que pour une partie des immigrés seulement. Il est évident que le statut des réfugiés politiques ne serait pas modifié.
Le prix d'entrée serait fixé de manière raisonnable, pourquoi pas 200.000 francs. Cette somme perçue aurait de multiples avantages. Alors que la France connaît une période de déficits publics lourds, les sommes encaissées seraient sans doute bénéfiques. De plus, le fait de payer donnerait une certaine légitimité aux immigrés. En effet, ces derniers peuvent bénéficier des avantages sociaux attribués au Français. Il est même rationnel pour les immigrés de venir en France pour bénéficier des avantages sociaux. Faire payer l'entrée permettrait de faire taire les critiques de ceux qui estiment que les immigrés viennent uniquement pour bénéficier des avantages sociaux.
Les individus qui accepteraient de payer seraient sans doute actifs, qualifiés et auraient sans doute le plus à apporter à une économie ouverte. Ces immigrants n'accepteraient de payer pour entrer que s'ils peuvent tirer un bénéfice. Le niveau d'imposition accablant en France ne leur permettrait sans doute de rentabiliser leur investissement que sur un horizon assez lointain.
La citoyeneté est-elle à vendre ?
Une objection à la vente des droits d 'entrée peut être résumée dans une phrase : la citoyenneté n'est pas à vendre. Pourtant, le système actuel n'est pas parfait. Les Américains ou les Canadiens accordent la résidence aux investisseurs qui acceptent de payer environ 1 million de francs. Le Québec a ainsi fait des campagnes publicitaires en France afin d'attirer des Français. La France fixe des tarifs prohibitifs pour les visas d'entrée des algériens. Est-ce bien là des systèmes citoyens ? De plus, est-ce une administration qui peut donner l'impression que devenir français apporte réellement quelque chose ? La France n'organise pas de célébration pour les nouveaux Français à la différence des Etats-Unis qui demande des connaissances minimales en histoire et qui fait prêter serment. Enfin, Gary Becker en faisant sa proposition se place dans le cadre des Etats-Unis. Les immigrés venant d'Europe devaient payer des frais de traversée de l'Atlantique très élevés avec des risques sanitaires élevés (on est bien loin des charters Air France). Les entreprises américaines recrutaient donc les salariés en Europe, payaient les frais de transport contre l'obligation de travailler pour elles pendant une année. Les immigrés du XIXème siècle sont donc souvent entrés aux Etats-Unis en ne faisant qu'une chose : payer. Il n'est pas besoin d'idéaliser le système actuel dont la réussite n'est pas prouvée. Les difficultés d'intégration en France en montre les limites.
Dans l'attente de l'échec du système actuel
Des immigrés qui paieraient seraient sans doute incités à s 'intégrer plus rapidement que des immigrés traditionnels. Ce système permettrait de dépasser le dilemme auquel est confronté les gouvernants : ouvrir ou fermer les frontières. Ce système inciterait sans doute les personnes qui ont de l'argent à venir en France. Pourtant, les pauvres ne seraient pas exclus. Certains immigrés ont des économies leur permettant de payer cette somme et feraient un calcul rationnel afin d'évaluer les avantages d'immigrer. Les entreprises du pays d'accueil seraient sans doute prêt à payer les frais lorsqu'elles auraient besoin demain d'oeuvre. Ainsi, les immigrés seraient certains d'avoir un emploi stable (une entreprise ne va pas payer des frais élevés pour licencier son salarié immédiatement). Enfin, l'Etat pourrait mettre en place une politique d'aide massive. Par exemple, il accorderait des prêts et les individus ne pourraient acquérir la nationalité que lors de son remboursement.
Un programme pour vendre les droits d'immigrer ne semble pas encore aujourd'hui envisageable. Néanmoins, ce système a de nombreux avantages qu'il ne faut pas oublier par rapport au système actuel. Il permet de repsonsabiliser les différents intervenants (Etat, immigrés et entreprises). Le marché économique en jugera, quand le système actuel aura définitivement échoué.
Le staff
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SEPTEMBRE 1999, LIBRE ECHANGE
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