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Adieu la droite



Les résultats des élections européennes ont ébranlé la droite française. Ce séisme devrait désormais la tenir éloignée du pouvoir pendant encore de longues années. En tant que libéraux, nous devrions rager et pester contre ces résultats déroutants. Pourtant, nous pensons que nous n’avons pas de sérieuses raisons d’être accablés et ce pour deux raisons principales : la droite mérite son sort, et les pouvoirs des hommes politiques tendent à s’affaiblir.


L ‘étiolement des pouvoirs des hommes politiques.


Depuis quelques années, on a pu noter une profonde émancipation des hommes d’affaires et de la sphère économique vis à vis des hommes politiques. Dans certains cas, ce transfert de pouvoirs est librement consenti. La Banque Centrale Européenne, institution totalement indépendante a privé nos gouvernants d’un de ses pouvoirs fondamentaux. Dans d’autres cas, les hommes politiques subissent les changements, même s’ils ont contribué à les accélérer. Les privatisations éloignent les hommes politiques du pouvoir économique. La tentative O.P.A. de la B.N.P. sur la Société Générale et Paribas montre bien l ‘émancipation de leurs dirigeants, Monsieur Pébereau n’ayant pas jugé utile de prévenir Bercy. Dans ce contexte, les pouvoirs des hommes politiques sont de plus en plus faibles. Dès lors, qu’importe la couleur politique du gouvernement. L’art de bien gouverner consiste à ne pas casser la dynamique de croissance comme la gauche l’a fait en 1981 et la droite (sic !) l’a fait également en 1995.


La droite mérite son sort.


Cette défaite est à relativiser également car la droite a été incapable de faire les choix nécessaires alors même que les Français ont envoyé de nombreux signaux : défaite aux législatives de 1997, échec relatif aux élections régionales de 1998, baffe en 1999. Ce dernier camouflet devrait permettre à la droite de prendre conscience qu’il lui faut enfin adopter un projet cohérent qui permettrait de fédérer une partie de le population française et permettre à la droite de retrouver la voie du pouvoir. Ce projet est, on s’en doute, nécessairement d’inspiration libérale. Or la droite a été incapable de le faire car justement, elle n’est pas libérale.


De leur côté, les hommes politiques libéraux donnent l’impression qu’ils cherchent à convaincre les libéraux de voter à droite mais non de convaincre les non libéraux de la nécessité des réformes libérales et par la même de voter à droite. Depuis ces vingt dernières années, la droite et la gauche ont appliqué une politique économique très semblable, ni libérale, ni socialiste. Or les socialistes ont un atout qui joue et jouera toujours en leur faveur : ayant le monopole du cœur, à politique égale, les socialistes ne pourront qu’être réélus. En tout cas, c’est ce que croient les Français.


La droite ne doit donc pas chercher à faire du « social » et à préserver les acquis sociaux de la même manière que le font les socialistes. Ces derniers rêvent d’une économie des “Trente glorieuses” afin de redistribuer les avantages de la croissance. Or la croissance n’est pas au rendez-vous car ils pratiquent une politique non libérale qui paralyse l ‘économie. Ils cherchent donc à gérer la pénurie  : création des emplois jeunes (sous-fonctionnaires!), passage aux 35 heures, etc... Que dire ? Mieux vaut que les jeunes aient un emploi jeune nous dira Martine Aubry avec une main sur son cœur et l’autre dans le portefeuille des Français.


Le nécessaire élan libéral


L’autre méthode est d’inspiration libérale. Il faut libérer les énergies afin de relancer la croissance. Le « social » découle de la relance de la croissance. Seuls des vrais emplois dans des entreprises privées peuvent donner des perspectives aux jeunes Français. Un emploi Aubry sans avenir (autre que l’occupation du jeune pendant quelques mois) fait-il le poids face à un petit boulot dans une entreprise qui ouvre ses portes afin de donner des perspectives aux jeunes. Encore faut-il savoir convaincre la plus large partie des Français. La droite doit juger cette explication trop compliquée et se réfugie dans les idées dirigistes.


Seule consolation aujourd’hui : la gauche appliquera un programme sans doute bien plus libéral que la droite française. Qui pourrait soupçonner les socialistes de privatiser les entreprises, de réformer les marchés financiers, d’ouvrir à la concurrence le marché de l’électricité, de baisser les charges sociales sur les bas salaires, de permettre aux entreprises de télécommunication de financer le numérique grâce à la baisse des recettes publicitaires sur les chaînes publiques etc... Mieux vaut pester contre la loi sur les 35 heures agitée par le gouvernement Jospin pour convaincre ses électeurs qu’il mène une politique de gauche que contre un gouvernement de droite qui appliquerait réellement les 35 heures afin de se donner une bonne conscience.


L’échec des droites et la réussite de la gauche permet à la France de s’adapter en douceur aux règles libérales anglo-saxonnes. « The Economist » reconnaît d’ailleurs que la France s’est plus américanisée qu’elle ne veut bien le reconnaître. Mais, chut, il ne faut pas dire aux Français qu’elle suit la voie libérale tracée par les Américains.


Louis Dontenville.

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Libre échange, juin 1999