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Une institution dépassée : le mariage
par Romy Lafeuillade



Le mariage a plus d'attrait que jamais. Après des années de baisse du nombre de cérémonies en France, le nombre des mariages repart à la hausse. De plus, les homosexuels réclament souvent la possibilité de se marier (et non pas un PACS qui est souvent considéré comme un sous mariage). Dans ce contexte, proposer de supprimer le mariage peut paraître démagogique.


Encore faut-il préciser que je ne souhaite pas supprimer le mariage en tant qu'institution reconnue par la société. Toutefois, les individus ont le droit d'organiser leur vie comme ils le désirent et d'adopter la forme de mariage qui leur semble la plus adaptée. Ainsi, quand deux personnes désirent se marier à l'église, au temple ou à la synagogue (et non pas devant le maire), cela ne regarde qu'eux et Dieu. De même, s'ils désirent se marier sous l'oil bienveillant d'un gourou quelconque, cela ne regarde qu'eux, sous réserve bien sûr, qu'ils le fassent librement. De même s'ils désirent se marier devant un maire, pourquoi pas.


En revanche, ce que je propose supprimer est l'institution du mariage en tant qu'institution sociale réglementée et privilégiée par l'Etat. Certes, il est toujours possible de ne pas se marier et de vivre en concubinage. Les homosexuels, avant le PACS n'avaient pas le choix. Toutefois, le mariage crée des avantages notamment fiscaux, qui peuvent inciter les individus à se marier afin d'en bénéficier. Dès lors que les hommes de l'Etat choisissent d'avantager une forme d'organisation de la vie commune sur les autres, le mariage civil devient à ce titre critiquable.


Certes, le mariage civil permet d'organiser la vie sociale de la société selon des normes acceptées par le plus grand nombre. Ainsi, la bigamie est interdite : un mariage ne peut être célébré en France que lorsque le mariage précédent a été dissous. Pourtant, la France reconnaît dans certains cas la bigamie lorsque cette situation matrimoniale a été acquise à l'étranger. Ainsi, un Algérien qui s'installe en France alors qu'il est déjà marié deux fois, peut rester bigame. De même, avoir des relations sexuelles hors mariage n'est plus sanctionné. Le mari ou la femme lésé peut obtenir des dommages et intérêts.


Les règles « morales » françaises sont ainsi aisément détournées. Elles peuvent d'autant plus être détournées que les règles imposées sont arbitraires. Que fait-on des homosexuels qui souhaitent se marier ? Quel principe "moral" interdit le mariage homosexuel ?


Les hommes de l'Etat cherchent donc à perpétuer un ordre social qui correspondrait à ce que désire la majorité des Français. Pourtant, à y regarder de plus près, le mariage civil n'est qu'un contrat auquel on a rajouté un peu de solennité.


Le mariage civil impose des règles de formation strictes spécifiques à ce contrat : publication des bans, visite médicale, consentement, cérémonie (quelques minutes heureusement). Si certaines de ces formalités sont légitimes, il ressort bien de ces règles que l'Etat cherche à donner de l'importance à ce contrat, ces règles étant spécifiques au mariage.


Cette solennité donnée à ce contrat signifie-t-elle que des individus libres et responsables ne sont pas capables de saisir eux-mêmes l'importance de partager une vie à deux ? Précisons immédiatement que les autres formes d'institutions qui permettent à deux individus de s'unir ne s'accompagne jamais de la disparition de toutes les règles. Au contraire ! Mais les règles peuvent et doivent émaner des individus ou des organismes dans lesquels ils croient (Etat, Eglise.). Deux personnes qui désirent vivre ensemble peuvent signer un contrat et les règles de droit civil peuvent s'appliquer sur la formation du contrat, le consentement, etc. Il n'est pas besoin de créer une institution spécifique.


Il faut dès lors cesser de donner la priorité au mariage civil sur toutes les autres formes de mariage ou d'organisation de la vie commune.


L'Etat a créé l'importance de cet acte civil. La création du mariage civil est une réponse de l'Etat républicain face à l'église. Pourtant, le mariage civil n'est pas, et ne sera jamais un mariage religieux (le dieu république ne fait plus recette). Le vrai mariage pour les personnes croyantes est celui célébré religieusement.


Le mariage civil ne fait que rigidifier les rapports sociaux et est inadapté à la société actuelle. En effet, on peut anticiper un déclin du mariage civil par rapport aux autres formes d'organisation de la vie commune. Les mariages seront de plus en plus transfrontaliers et le droit du mariage français ne sera pas toujours applicable. Des individus seront de plus en plus amenés à chercher les règles les plus souples. De plus les modes de vie changent. Les homosexuels désirent se marier, d'autre veulent se marier sur Internet ou par correspondance. Enfin, la pression sociale concernant le mariage va sans doute décroître, les vieilles générations disparaissant petit à petit.


Plus important encore, il apparaît que l'attention démesurée accordée par l'Etat au mariage civil déresponsabilise les individus. En effet, on a l'impression qu'il existe un statut normal et stable qu'est le mariage et un statut précaire, une sorte de no man's land, qu'est le concubinage. L'existence du mariage fait oublier aux concubins, aux room mates et autres personnes qui vivent ensemble qu'ils peuvent organiser contractuellement leur vie sans avoir besoin de l'Etat pour organiser cette relation.


L'Etat plutôt que de promouvoir le mariage civil ferait bien de promouvoir également les vrais mariage religieux, les pactes privés ou toute autre forme d'association entre deux personnes. Le mariage civil sera de moins en moins la pierre angulaire de notre société. Le mariage religieux a un sens pour les catholiques qui dépasse les deux personnes et repose sur la foi. Le mariage civil, pour deux personnes religieuses n'apporte rien : deux individus qui s'aiment n'ont pas besoin de le faire savoir et reconnaître par un maire.


Le mariage civil a, en fait, surtout un intérêt dans les pays dont la structure sociale n'est pas établie. A l'origine catholique, le mariage est devenu civil à la révolution lorsque les républicains ont cherché à laïciser la société. L'Etat républicain a repris à son compte une institution catholique en la laïcisant.


L'institution catholique elle-même n'est pas si vieille que cela : l'église catholique n'a incité au mariage que dans les années 1000. Les prêtres vivaient alors souvent en concubinage ainsi que certains rois de France. Si le mariage catholique existait avant cette date, il n'était pas la forme dominante de la vie à deux. Cette institutionnalisation du mariage s'est développée en même temps que d'autres mesures nécessaires pour encadrer la population. Les travailleurs n'avaient pas le droit de sortir de leur village ou communauté au Moyen Age. Les classes dirigeantes fixaient les gens de peur que la société ne soit ébranlée. Aujourd'hui, à l'exception de ceux qui vivent au crochet de la société, l'essentiel des français a compris que le travail est un échange : travail contre rémunération. Il en va de même pour le mariage : nous sommes suffisamment grands pour savoir quel est notre intérêt. Le mariage n'est qu'un échange entre individus qui ont des intérêts bien compris. Pour la part irrationnelle qui entoure le mariage, il existe d'autres solutions que le maire.


Que les homosexuels, les transsexuels, les brésiliens du Bois de Boulogne souhaitent unir leur vie par un contrat, cela ne doit poser aucun problème existentiel et ne va pas déstabiliser notre société. Si l'introduction du divorce a modifié profondément les familles, il n'a pas détruit notre société.


Que les catholiques se rassurent, ils pourront toujours continuer à se marier à l'église et interdire les unions homosexuelles. En revanche, l'Etat n'a pas à faire de distinction entre les races, le sexe ou autres critères pour accorder un avantage quelconque.


Laissons les hommes s'unir non pas par un mariage solennel prononcé devant un serviteur de l'Etat mais plutôt dans les foyers entre deux personnes libres. Que l'Etat ne fasse plus de distinction fiscale entre les différents types d'institutions. Etendons les avantages fiscaux accordés aux personnes mariées aux autres types d'unions. Ne serais-ce pas là une manière intelligente de baisser les impôts ?


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Octobre 2000, LIBRE ECHANGE