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Sanctionner Les Vainqueurs Pénalise Les Marchés.

Par Andrew Sellgren.
Publié dans THE JOURNAL OF COMMERCE du 15 novembre 1999.
Traduit de l'anglais par Florence Passemard




Albert Einstein était égoïste. En 1905 il avait déjà défini le mouvement des molécules au sein d'un fluide, expliqué l'effet photoélectrique et démontré l'équivalence entre la matière et l'énergie. Il aurait dû laisser à une autre personne le soin de découvrir la relativité générale.


Alan Greenspan est égoïste. L'exercice de sa fonction à la Federal Reserve nous a permis de bénéficier pendant huit ans d'une croissance solide et de prix stables. Ses prouesses de gestion en matière de politique monétaire sont aujourd'hui évidentes c'est pourquoi il devrait se tenir à l'écart pour qu'un autre prenne la relève.


Bill Gates est égoïste. Il a élevé sa compagnie à une place dominante sur le marché des systèmes d'exploitation et des logiciels d'application. Il devrait céder le marché des programmes navigateurs à une autre entreprise.


Ainsi va le refrain des mauvais perdants.


En sport, les choses sont bien différentes. Lorsqu'un joueur de basket-ball marque plus de quarante points, on ne le force pas à s'asseoir jusqu'à la fin du jeu pour laisser une chance aux autres. Lorsqu'un joueur de base-ball envoie la balle jusque dans le haut des gradins, on célèbre son exploit bien qu'il ait pu froisser les sentiments du lanceur. Lorsque la balle d'un joueur de golf dépasse les 320 mètres, on ne lui impose pas une pénalité pour mauvais esprit sportif. En sport on loue la compétition et l'on vénère les meilleurs joueurs.


Pour diverses raisons, nous nous sommes écartés de cet idéal de compétition lorsqu'il s'agit de la concurrence économique. En commerce, les champions sont des cibles.


Microsoft est l'un de ces champions. Microsoft s'est révélé être une compagnie exceptionnelle. Nombreux allèguent que ses programmeurs ont mis au point des programmes de mauvaise qualité ; mais l'objectif de l'entreprise est de faire des profits et non des programmes transcendants. En terme de profit, Microsoft a été l'une des plus formidables entreprises de l'Histoire de ce pays.


Pendant que Microsoft récoltait des profits, des consommateurs comme nous en tiraient des bénéfices. L'inéluctable domination de Microsoft a simplifié nos vies et nous a épargné un marché de logiciels trop compliqués.


L'industrie s'est standardisée autour des produits Microsoft ce qui a eu un impact positif sur les investissements. Les entreprises ont pu investir dans des logiciels en sachant que ces produits seraient suivis et qu'ils ne deviendraient pas obsolètes. Les utilisateurs d'ordinateurs, comme vous et moi, ont pu apprendre à utiliser ces logiciels avec la certitude que ces compétences seraient utiles dans le futur.


La standardisation a également amélioré les produits qui sont à notre disposition. Les programmeurs de logiciels peuvent réaliser 10 produits compatibles avec le système d'exploitation Windows au lieu d'un seul qui devrait être compatible avec 10 systèmes d'exploitation différents. Les constructeurs de matériel informatique n'ont besoin de fournir qu'un seul pilote par modèle. Ainsi, le matériel est moins cher, plus diversifié et plus sûr.


En dépit de tous ces avantages que nous avons pu retirer de Microsoft, nous avons prêté attention à ses concurrents. Les fervents "anti-Microsoft " soulignent avec ardeur que l'entreprise détient une large part du marché des systèmes d'exploitation destinés aux ordinateurs personnels ainsi que des logiciels d'application. Ils mentionnent également que dans bien des cas Microsoft a malmené ses propres concurrents.


Pour ces raisons, certains recommandent de démembrer la société, ou pour le moins d'imposer des restrictions rigoureuses à l'exercice de ses activités. Les logiciels seraient-ils moins chers si Microsoft venait à disparaître ? Des entreprises indépendantes innoveraient-elles davantage ? Ces questions ont été débattues par des économistes sans qu'aucun consensus n'ait vu le jour.


Nous avons déféré ce problème devant les tribunaux ; cela s'est avéré incroyablement coûteux. Les frais de justice sont évidents, mais le détournement du talent et des efforts est encore plus pernicieux. Microsoft et ses concurrents ont dû détourner des talents de gestion pour se parer des accusations juridiques plutôt que d'affronter les défis de la concurrence. Ainsi, le procès de Microsoft a eu comme conséquence d'affaiblir la totalité de l'industrie du logiciel. Si dans ce cas présent, les plaignants obtenaient gain de cause, nous aurions alors inévitablement plus de litiges par la suite. Cela ralentirait la course à l'innovation et affaiblirait nos industries sur la scène mondiale.


Les économistes peuvent ne pas être d'accord avec les effets directs d'un morcellement de Microsoft, mais il y a une quasi unanimité sur les effets à long terme qui pourraient être engendrés par la sanction d'entreprises couronnées de succès. Dans un marché en plein développement où des incompatibilités de standards existent, les consommateurs tirent profit d'avoir un incontestable vainqueur. Si nous punissons de tels vainqueurs après coup, nous allons diminuer les incitations des concurrents à gagner la course.


Les sportifs ambitieux savent que la suprématie est récompensée, c'est un facteur qui les conduit à l'excellence. Pour diverses raisons, nous devons prendre garde des gens qui pensent que pour le commerce les choses sont différentes et que les champions commerciaux doivent être réprimés. Au contraire, nous devrions décorer nos champions commerciaux. De la même façon que nous étions heureux d'avoir Michael Jordan dans notre équipe de basket-ball, nous devrions nous réjouir que Microsoft se batte pour le drapeau américain.


Les entreprises doivent agir avec acharnement pour réussir dans le marché mondial d'aujourd'hui. Si nous voulons que nos industries dominent le monde, nous devons tolérer certaines pratiques brutales de travail et nous devons laisser ces entreprises jouer pour les plus gros enjeux, même celui de la domination des marchés. En résumé : nous nous porterions mieux s'il y avait plus, et non moins, d'entreprises comme Microsoft.


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Février 2000, LIBRE ECHANGE