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La ligne maginot culturelle
par Romy Lafeuillade



L'exception culturelle est une notion totalement floue et qui est brandie à tout va par les défenseurs attitrés de la culture française. Pourtant ces mêmes personnes estiment que TF1 ou Besson ne sont pas de dignes représentants de la culture française. Etre contre l'exception, c'est être contre la culture française. D'ailleurs les cinémas britannique et italien ont disparu du fait de cet abandon, démission diront certains, du politique.


Pourtant l'Angleterre ou l'Italie ont-ils perdu leur culture ? La réponse est bien évidemment négative. Les Anglais restent réellement anglais et non sont pas devenus "Américains". De plus, même dans les secteurs les plus ouverts à la concurrence comme le cinéma, les bons réalisateurs trouvent toujours les moyens de réaliser des grands films. Le film italien "la vie est belle" a connu un succès inégalé. De leur côté, les Français produisent près de 150 films par an. Mais ce nombre reflète-t-il une vitalité des cinéastes tricolores ? Le public répond en allant voir de moins en moins de films français, leur part de marché régressant régulièrement et la majorité de ces films ne réunissant que quelques milliers de téléspectateurs dans les salles. Il est vrai que les réalisateurs subventionnés et protégés oublient qu'ils ont un public.


Il semble que le problème réside dans l'idée fausse selon laquelle la culture ne répond à aucune logique économique. Pourtant, il peut être rentable pour un capitaliste de financer des films d'auteur. Ainsi, Francis Bouygues a offert à David Lynch des sommes que les grands studios américains n'étaient pas prêts à lui offrir. Bernard Arnault de son côté a fait du luxe, de la culture et du savoir-faire traditionnel un modèle économique. Enfin, l'art (opéra, théâtre), peut être financé par des entreprises privées. Mais le racket fiscal et la pléthore des subventions laissent une voie étroite aux aides privées. La subvention chasse l'initiative privée. Pourtant, cela ne veut pas dire que l'art ne peut survivre que par les aides publiques, l'Etat éliminant la concurrence afin d'assurer son pouvoir.


Laissons donc au public et non pas à l'administration le loisir d'imposer ses choix. N'oublions pas que le public sait se défendre et exprimer ses préférences. Ainsi, TF1 a abandonné les émissions de reality show de Pradel et autres émissions bas de gamme. Pourtant sa part de marché augmente. Les entreprises privées ne poussent pas nécessairement vers l'abêtissement de même que le service public ne créé pas toujours des programmes de qualité. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder la grille des programmes de France 2.


De plus, la culture française est-elle si exceptionnelle qu'elle mérite un traitement particulier. L'exception culturelle n'est-elle pas la ligne Maginot de ceux qui ont déjà perdu la bataille ? L'art n'a jamais été français : les artistes français ont souvent trouvé leur inspiration dans les pays voisins. Par ailleurs, l'ouverture et la circulation ne signifie pas la fin des spécificité locales. L'art a souvent été européen. Léonard de Vinci a ébloui la cour de Français Ier, Voltaire celle de Frédéric II, Rousseau celle de la grande Catherine. Les impressionnistes français n'auraient jamais peint de la même manière sans le britannique Turner et les cathédrales ne recouvrent pas les frontières françaises etc... Plus récemment, la IIIe république qui a cherché à éduquer les Français n'a jamais réussi à supprimer les spécificité régionales : les Bretons et les Alsaciens conservent leur langue après un siècle d'éducation française.


Les anti-américains ne devraient pourtantpas se plaindre. Pour la première fois dans l'histoire, une culture s'impose sans violence. Rappelons-nous que Napoléon a imposé le modèle français en faisant la guerre à tous ses voisins. Le système américain est consensuel, ce qui est relativement extraordinaire pour une nation aussi dominante. Pas de conscription obligatoire, pas d'école forcée, pas d'interdiction ou de pistolets sur les tempes des consommateurs afin d'imposer son modèle. George Lucas n'a pas forcé un seul Français à acheter des billets de la guerre des étoiles. De plus, les médias et la publicité n'ont pas le rôle que l'on veut leur donner. Si les médias pouvaient faire et défaire les succès cinématographiques ou politiques, le film batman aurait rencontré un énorme succès en France et Edouard Balladur aurait été élu président en 1995. La guerre des étoiles rencontre un succès pour de nombreuses raisons : succès du marketing, débauches d'effets spéciaux. Mais cela n'explique pas tout et les ressorts de la volonté des consommateurs sont variés : nostalgie des trois premiers épisodes, volonté de se distraire etc...


De plus, le modèle américain cherche son inspiration dans les cultures européennes. Charles Perrault ou les frères Grimm sont une source d'inspiration des dessinateurs de Disney. Le parc de Disneyland Paris a d'ailleurs failli échouer quand les Américains ont cherché à imposer leur modèle (pas d'alcool dans les restaurants, interdiction des moustaches). Les Français cherchent également leur inspiration de l'autre côté de l'Atlantique : la cérémonie des césars rappelle étrangement celle des oscars.


Les défenseurs de l'exception culturelle oublient que la culture ne se décrète pas et qu'elle le résultat de nombreuses influences. L'exception culturelle française ne survivra pas à l'épreuve du temps et figurera dans la galerie de l'évolution avec le dodo et les autres espèces disparues. En revanche, les artistes, cinéastes, écrivains talentueux de nationalité française ont un bel avenir devant eux, avec ou sans aides.


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Janvier 2000, LIBRE ECHANGE