La droite française connaît depuis les élections législatives anticipées de 1997 une phase d'agitation. Le grand perdant de ces élections est le libéralisme. En effet, ce dernier s'est laissé enfermer par ses détracteurs dans un créneau politique restreint. D'ailleurs, les libéraux ne sont plus maître des termes employés afin de se désigner. Quand les libéraux se désignent volontiers comme des «libéraux» tout simplement, leurs ennemis dénoncent les « ultra-libéraux ». Il est vrai que cette dérive du vocabulaire est largement étendue. Ainsi, on parle de « sans papiers » pour désigner des immigrés clandestins.
Les libéraux feraient donc partie d'une sorte de secte qui chercherait à appliquer des recettes économiques sans se soucier des conditions d'application et des effets de ces mesures sur la population. Le libéralisme serait en fait une politique sans cour défendue par des idéologues extrémistes. Cette idée est même défendue dans les rangs de la droite. Monsieur de Robien cherche à faire croire qu'il existe un libéralisme économique pur (Madelin) et un libéralisme social (qu'il souhaiterait incarner). Pourtant, il n'existe pas des libéralismes mais le libéralisme. En clair, on est libéral ou on ne l'est pas.
Ceux qui dénoncent les "ultra" n'ont d'ailleurs guère de leçons à donner. Curieux paradoxe alors que la France est représentée par la gauche la plus ultra d'Europe. Il ne faut pas perdre de vue que la gauche française est certainement la plus radicale en Europe. La comparaison avec les partis sociaux démocrates allemands ou bien anglais est révélatrice. Pourtant, en France, on parle de gauche plurielle pour désigner des partis les plus extrêmes depuis vingt années : les verts, les communistes (qui n'ont rien à voir avec les communistes italiens) et l'aile gauche du parti socialiste. Comment la droite libérale s'est elle retrouvée à ce point marginalisée et qualifiée d'extrême ?
Ce résultat montre bien que la droite a donc perdu toute initiative et s'est laissée enfermer dans un cadre politique qui ne lui permet plus réellement de vivre et de prospérer. Démocratie libérale qui constituerait le seul représentant de cette droite libérale ne semble guère en position de s'imposer. Les libéraux doivent aujourd'hui reprendre l'initiative au moment où le montée de l'extrême droite la marginalise un peu plus.
Comme le notait JF Revel dans la revue Commentaire, il existe dans tous les pays deux politiques possibles pour faire face au problème du chômage, de la pauvreté et de l'exclusion. « L'une consiste à augmenter sans cesse les prélèvements obligatoires pour financer toujours davantage l'assistance. L'autre consiste à réduire les prélèvements obligatoires, pour laisser plus d'argent s'investir dans l'économie normale, et créer ainsi des emplois au lieu de secourir les chômeurs ». Comme le note JF Revel, ces dernières années, on n'offre plus réellement de choix. Le droite n'est pas libérale. Il est toujours bon de rappeler qu'elle ne doit pas être de gauche non plus.
Les hommes politiques français ont donc pu faire croire aux français qu'il n'existait pas de choix. La campagne de Mitterrand en 1988 est révélatrice. La « France tranquille » navigue à travers les océans sans avoir jamais à changer de cap pour éviter les icebergs. Ces derniers pour le cas de la France resteraient à l'écart du navire France.
Pourtant les icebergs sont nombreux : chômage, problème du financement des retraites lors de l'arrivée du Baby Boom à l'âge de la retraite, exclusion qui malgré un Etat providence tentaculaire ne cesse de progresser, fort déficits publics qui classe la France comme le plus mauvais élève de l'Europe (derrière la Grèce, le Portugal ou l'Italie qui ne sont pas toujours réputés pour leur bonne gestion), évolution du régime de santé alors que jamais elle n'a autant été sollicitée par les français.
La droite doit donc faire elle même faire des choix afin de se représenter dans les meilleures conditions devant les électeurs. Ce choix, c'est le choix du libéralisme. Mais quel libéralisme ? Pas le libéralisme vécu et présenté comme une sanction comme on peut le voir en France mais le libéralisme ouvert et optimiste.