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Le complot des libéraux
Le libéralisme déchaîne les passions chez ses défenseurs mais également et surtout chez ses ennemis. Pour les plus virulents d'entre eux, le « complot libéral » est un thème très en vogue. Le « Monde diplomatique », journal à l'avant-garde de la lutte contre la mondialisation, est le premier à dénoncer cette cabale. Si la conviction des journalistes et la qualité des articles forcent le respect, les idées développées n'en demeurent pas moins totalement fausses.
Les trop « riches réseaux » des libéraux
Ainsi, selon les censeurs du libéralisme, les libéraux disposeraient de formidables réseaux d'influences, d'organismes irrigués financièrement par les milieux économiques et d'un excellent relais médiatique avec objectif ultime de détruire les idées keynésiennes qui marchaient si bien avant que les libéraux ne lance leur offensive (voir l'article de Serge Halimi, « les boîtes à idées » de la droite américaine »). En d'autres termes, nous vivrions dans un monde bien meilleur sans les libéraux.
Ce constat est faux pour plusieurs raisons :
Les libéraux ont pu imposer leurs idées, non pas parce qu'ils sont riches ou appuyés par des « méchants » capitalistes, mais parce que les interventions de l'Etat depuis 1945 ont montré leurs limites dès la fin des années 70. On peut citer par exemple les théories suivantes qui ne font que démontrer ses échecs keynésiens : trop d'impôt tue l'impôt, le phénomène de la trappe à la pauvreté, les effets pervers des aides publiques. Les libéraux n'ont fait que mettre en évidence les dysfonctionnements des systèmes bureaucratiques. Ils ne sont pas à l'origine de leur remise en cause.
Les idées libérales se sont imposées par le débat et non pas par la force. Ronald Reagan, un des symboles du libéralisme, a été élu démocratiquement en 1980. Les détracteurs du libéralisme mettent l'accent sur les moyens financiers des Think tanks (boîte à idées) et autres instituts libéraux qui disposent de moyens financiers considérables. Si l'on en croit certains journalistes, il semblerait qu'il soit possible d'imposer ses idées par la seule force de l'argent. Il faut savoir faire la part des choses. Il est vrai qu'un candidat désargenté et sans appui médiatique ne pourra pas se faire élire. Toutefois, un candidat riche et aidé par les médias n'est pas certain d'être élu. Monsieur Balladur a pu le tester à la présidentielle de 1995. Le candidat à la présidentielle américaine, Bush Jr, pourrait également s'en rendre compte en novembre prochain. Arrêtons de croire à la toute puissance des médias et de l'argent. Si les milieux libéraux sont irrigués de nombreuses aides, elles leur permettent de vivre, elles ne leur permettent pas de forcer les électeurs à voter pour les candidats dits libéraux (surtout en France).
D'ailleurs, il est bon de rappeler que l'incubation des idées libérales a été très longue. Dans un article paru dans le New Yorker, (numéro du 7 février 2000), John Cassidy rappelle que Friedrich Von Hayek, qu'il considère d'ailleurs comme le plus grand économiste de ce siècle, a été marginalisé par ses pairs et médiatiquement de 1945 jusqu'à l'obtention du prix Nobel d 'économie en 1974. Si les libéraux étaient aussi puissants que les journalistes du « Monde Diplo » veulent nous le faire penser, peut-on croire que cette période d'incubation aurait été aussi longue ? Ce journal, qui diffuse des idées totalement anti-libérales n'a -t-il pas trouvé les fonds nécessaires pour se transformer en société grâce à une somme de un million donné par un riche donateur d'Amérique centrale ? Les milieux anti-mondialisation peuvent trouver des fonds et disposent de moyens de communication crédibles.
Enfin, la meilleure preuve du complot ne réside-t-il pas justement dans l'absence de preuve ? Le forum de Davos sert d'épouvantail à la mondialisation. Mais quel est son pouvoir concret ? La société du mont Pèlerin qui réunit les économistes libéraux les plus éminents de la planète et dont la liste des membres n'est pas disponible dispose-t-elle de pouvoirs propres ? L'O.C.D.E. dispose-t-elle d'un quelconque pouvoir réglementaire ? A toutes ces questions, il faut répondre par la négative. L'ensemble de ces institutions émet des recommandations, des avis ou donnent des conseils. En revanche aucun Etat ne doit obéir aux prescriptions. Les Etats sont un peu comme des malades : le médecin leur donne une ordonnance puis le patient est libre de se faire soigner.
Les organismes internationaux qui disposent de véritables pouvoirs comme le FMI ou l'O.M.C. sont de leur côté, des organismes créés par les Etats et ont justement pour objectif de réguler les marchés sans frontières. Leur but n'est pas de tout déréglementer mais on contraire de réglementer d'en haut.
Si les libéraux étaient aussi puissants que leurs contradicteurs veulent bien le croire, aucun de ces organismes ne serait mis en place. Mieux vaudrait laisser les spéculateurs s'enrichir et les entreprises délocaliser sans créer d'organismes qui ont pour but de les limiter. Le contrôle est imparfait non pas parce que les libéraux tirent les ficelles et font échouer toutes les initiatives mais simplement parce que les Etats ne sont pas capables de s'entendre pour des raisons souvent politiques. Ainsi, les Etats-Unis rechignent à donner des pouvoirs à des organismes internationaux afin de ne pas abandonner leur souveraineté. Cessons de voir dans tous les dysfonctionnements de la « société mondiale » l'ouvre cachée des libéraux agissant dans l'ombre et manipulant les hommes politiques comme des marionnettes. Les Guignols et la World Company ne sont pas nécessairement le reflet de la réalité.
La famille éclatée des libéraux
Croire à une unité des libéraux est également illusoire. Les libéraux français forme-t-il une masse homogène ? Rappelons que les libéraux se retrouvent dans tous les partis de la droite française. Le FN même s'est réclamé des idées libérales (voir le site du FN). A moins que l'on ne puisse affirmer que les libéraux essaiment dans les parties afin de s'imposer de l'intérieur selon un plan ayant fait l'objet d'une approbation du «comité central» des libéraux.
Le malaise ne réside-t-il pas dans le fait que le libéralisme s'impose sans leader, spontanément ? Dans ce cas, il est facile d'essayer de reconstituer un complot. L'ouvrage de Umberto Ecco, « le Pendule de Foucauld » est sans aucun doute le livre de chevet de ceux qui recherchent le complot là où il n'existe pas. La réunion des éléments disparates forme les pièces d'un puzzle qui ne représente rien.
Il est vrai que les idées libérales sont défendues grâce à des fonds importants. Il est vrai que de nombreux organismes internationaux font la promotion des idées libérales. Il est vrai que les journaux libéraux sont très puissants (Financial Times, Wall Street Journal) et servent de contre pouvoir. Il est également vrai que de nombreux chefs d'entreprises défendent les idées libérales.
De là à conclure à un complot !
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Mars 2000, LIBRE ECHANGE
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