Je me sens, en
France, comme sur une île déserte, dans un désert
intellectuel où prolifèrent les poncifs flatteurs et la
démagogie populiste. La dictature du prolétariat est
devenue la dictature d'une opinion publique gavée au breuvage de
l'interventionnisme systématique.
Le village gaulois se retrouve à l'unisson - peuples et
élites - pour chanter le refrain de " l'horreur
économique " et déclarer la guerre à la
mondialisation. Au pays de la bonne conscience collective - car
même en ce domaine la propriété privée des
âmes et la liberté de l'esprit individuel sont bannies -,
il est interdit d'aller à l'encontre du dogme officiel. Gare
à la fausse note dans le concert des lamentations !
Le marché repose sur les choix des individus responsables et
motivés. Encore faut-il reconnaître l'individu. A partir
du moment où l'on refuse toute légitimité au
principe même du marché, on interdit aux individus
d'exprimer des préférences et de faire des choix, leur
ôtant progressivement la capacité de prendre des
décisions. C'est la " route de la servitude " : lois et
réglementations en tout genre se chargeront d'agir à
notre place, se substituant à notre libre arbitre. Pourtant,
l'économie ne peut fonctionner dans un tel carcan et la
société ne peut s'épanouir sans un socle
économique solide. Toutes les expériences historiques le
prouvent. mais la France persiste dans sa quête d'une illusoire
troisième voie, quitte à populariser une vision
officielle de l'histoire (on tord bien le cou aux principes
économiques, on peut bien prendre quelques libertés avec
l'histoire !).
Le maître mot est : régulons ! Alors les politiciens
légifèrent sur le temps de travail, les décisions
d'épargne, la retraite ou l'éducation.etc. L'Etat
français s'approprient à ce point toutes les dimensions
de notre vie qu'il en vient à formater les esprits.
Résultat : tout le monde récite les mêmes poncifs
les plus éculés sur le capitalisme sauvage ou
l'ultra-néo-archéo-ibéralisme. Le système
de retraite par répartition est en faillite. alors on s'empresse
de le confirmer. Que l'on évoque les marchés financiers,
et l'on récite sagement la complainte de la spéculation
hystérique contre l'emploi et le social. Tout étudiant
sérieux de sciences économiques comprend que la "
spéculation " permet à la bourse de fonctionner, et la
bourse permet à l'économie de se développer.
Assurément, les médias préfèrent flatter
les instincts de l'opinion plutôt que de stimuler le raisonnement
du citoyen en encourageant une pédagogie de l'économie.
Le système éducatif est complice : c'est à croire
que le programme officiel d'enseignement de l'économie dans les
lycées est contrôlé par des personnes totalement
dévouées à la cause interventionniste. Nos
lycéens n'entendent qu'un seul et même discours qui les
rend de plus en plus rétifs au principe même de science en
économie. Et les facultés françaises de sciences
économiques - les seules susceptibles de délivrer le
message qui fâche - continuent de se dépeupler. Sans
parler des pseudo-chercheurs en économie qui n'ont jamais
contribué d'un iota à la production scientifique
internationale - ce qui ne les empêche pas d'occuper un poste de
chercheur - et viennent parader dans les médias en entonnant la
tirade convenue anti-libérale. Evidemment, eux ont raison et les
chercheurs honnêtes - mais sans doute trop naïfs - du reste
du monde ont tort.
Parmi les économistes sérieux, la proposition selon
laquelle le marché peut être défaillant et l'Etat
régulateur fait au moins l'objet de débats, discussions
et travaux car la proposition contraire est toute aussi pertinente
selon laquelle l'économie est par nature stable et les
gouvernements perturbent les comportements économiques. Chez
nous, on nie purement et simplement le débat ; il n'y a qu'une
seule approche admise. Pour les politiciens, les présentateurs
officiels de journaux TV, les chroniqueurs patentés, il n'y a
qu'une vision totalisante et totalitaire : le marché est la
jungle, vive l'Etat ! Ca ne se discute pas. Permettez-moi pourtant une
hypothèse audacieuse : et si le champs du socialement possible
était borné par les frontières de
l'économiquement réalisable ? Il y a en effet des
principes économiques intangibles qu'il serait illusoire, voire
dangereux, d'ignorer. Les économistes ne les ont pas
inventés ; ils les ont découvert. Marx lui-même
reconnaissait le primat des infrastructures (les forces productives)
sur les superstructures (les rapports sociaux), s'opposant en cela
à l'idéalisme de Hegel.
Notre agriculture ne souffre pas d'un excès de
libéralisme mais de plus de trente ans d'interventionnisme en
tout genre (lobbies, subventions, quotas). A force de régulation
administrative, les producteurs en ont oublié les aspirations du
consommateur (du client) pour se contenter de répondre aux
injonctions de Bruxelles. Ce qui est le plus choquant, c'est que la
plupart des dérèglements économiques
résultant des effets pervers de l'interventionnisme - qui
aboutissent toujours à des situations grotesques dans lesquelles
les gaspillages les plus criants côtoient les pénuries les
plus insupportables - sont imputés systématiquement
à un excès de libéralisme. C'est le comble de
l'exception culturelle française. Et l'on pourrait faire la
même observation pour le marché du travail où l'on
constate des pénuries de qualifications qui coexistent avec un
chômage de masse. Il est évident que lorsque tout est mis
en ouvre pour empêcher un marché de fonctionner, l'offre
ne peut rencontrer la demande. Et ceux là même qui sont
à l'origine des textes et règlements, qui
étouffent la création d'entreprises et font fuir les
innovateurs, se donnent ensuite le beau rôle en appelant à
manifester contre le chômage.